Toi aussi, tu veux publier ton livre ? Tu cherches reconnaissance, amour, gloire, beauté, argent, cocaïne sur le capot des voitures, et les mêmes vestes que Bernard Pivot ? Mais tu ne sais pas comment faire, tu es un peu perdu sur les sables mouvants de l’édition, où de vils corbeaux te menacent avec leurs langues fourchues et leurs petits crocs avides de chair fraîche (si, si). Ne t’inquiète pas jeune Jack Sully, tel un… alien bleue sur Pandora, je saurai te guider dans la jungle de ton futur littéraire.
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De : Joanne Kathleen
Cher collègue,
J’ai donc été publiée, mais je crois que mon éditeur m’a un peu arnaqué (rien de bien méchant, un ou deux millions de livres –sterling, LOL). J’ai donc décidé de m’auto-éditer pour le prochain roman ! Mais j’ai un peu peur, car je sais pas trop ce que c’est. Tu peux m’aider ?
Gros bisous,
J. K. R. |
Chère Joanne,
Laisse-moi tout d’abord fustiger ton manque flagrant d’imagination ! Combien de fois ai-je pu voir ce type d’histoire développé dans la littérature et le cinéma (Star Wars, rien que pour n’en citer un). Et le petit jeune, et l’apprentissage, et la mort du maître, et le grand méchant qui menace l’équilibre du monde ! Du réchauffé ! Tout ceci me fait dire que ta série de romans n’a pas dû bien marcher, et c’est tant mieux !
Et puis, laisse moi également te dire que ton histoire ressemble fort à une série de romans déjà existants, faisant d’ailleurs la fierté de l’auto-édition (d’autant plus que cela reste un beau produit national), Oksa Pollock ! Tiens, je t’ai même mis un article ici : l'étonnante saga d'Oksa Pollock.
Mais laissons cette digression de côté. Tu t’enquiers donc de conseils de ma part en matière d’auto-édition ? Tu trouveras quelques tuyaux dans mes précédents articles, notamment ici. Mais puisque nous ne sommes jamais mieux servi que par pas soi-même (ou quelque-chose d’approchant), et que je préfère me délasser sur ma terrasse au soleil en ce magnifique long week-end, je suis allé quérir des conseils chez la concurrence : les deux auteurs talentueux de Rémoras (fiche amazon ici), dont le livre est un succès d’auto-édition. Enjoy !
1. Bonjour et merci d’avoir accepté cette interview ! Pour commencer tout en douceur, je vous propose de vous présenter vous-même, ainsi que votre petit bébé, en quelques
lignes.
Nous sommes donc un duo d’auteurs et nous travaillons aussi ensemble dans la « vraie » vie, toujours dans le domaine de l’écriture et de l’édition en ligne, de façon plus générale.
Notre premier roman, Rémoras, est sorti en février dernier et nous sommes actuellement en train d’écrire notre second opus, La Trappe, une grosse nouvelle d’environ 80 pages qui devrait être disponible en juillet…si nous tenons le cap !
2. OK, c’est parti ! Rémoras est un thriller décapant qui débute par l’attentat sur les tours du World Trade Center en 2001 et qui relance la théorie du complot. Avouez, votre objectif était de faire fuir les éditeurs et les lecteurs ? Plus sérieusement, n’avez-vous pas eu quelques doutes au moment de rédaction du roman ? Avez-vous été tentés de vous autocensurer pour mieux vous couler dans le moule ?
Nous nous attendions à cette question !! Le thème du 11 septembre concerne pourtant seulement 5 pages du livre sur plus de 420….
En toute honnêteté, nous avons pris un malin plaisir à ne pas nous censurer, tout en sachant que les esprits étroits auraient du mal à dépasser les deux points suivants : 1/ c’est une fiction et chacun fait ce qu’il veut des sujets réels et des théories plausibles qui émaillent le récit, et 2/ est-ce que la lecture n’est pas aussi censée secouer quelques théories officielles bien trop confortables et pousser à la remise en question des informations qu’on nous donne à manger ?
Cette question a effectivement fait peur au seul gros éditeur que nous avons rencontré (avant de décider justement de nous passer d’éditeur, pour ne pas tomber dans le mauvais compromis). Nous avons en effet pu obtenu comme réponse de leur part que « le livre était pro et publiable sur la forme…mais que le fond était trop dérangeant ».
Vous l’aurez compris, l’autocensure, si elle n’a aucun autre objectif que de faire plaisir à une certaine catégorie de gens bien-pensants, n’est pas notre tasse de thé !!!
3. Le livre est écrit par un collectif énigmatique M.I.A., derrière lequel se cachent en réalité deux auteurs (Hélène et sébastien). Comme il n’est jamais facile d’écrire à quatre mains, décrivez-nous un peu la façon dont les rôles se répartissent. Allez, il y a un bien un des deux qui glandouille plus que l’autre ? Vous devez bien vous chamailler, de temps en temps ?
On va nous taxer de langue de bois, mais…tout va bien, désolés de vous décevoir ! J
Amis et collègues dans la vie, nous sommes de gros bosseurs mais nous avons tout particulièrement tendance à devenir une machine bien huilée lorsque nous travaillons en commun.
D’ailleurs, l’envie d’écrire Rémoras est partie du constat que notre collaboration en écriture « commandée » (en tant que nègres, pour parler clairement) était tellement fructueuse que ce serait idiot de ne pas pousser cette logique plus loin.
Comme nous sommes à 1500 km l’un de l’autre, nous ne pouvons de toute façon pas nous battre physiquement, alors autant rester tranquilles !!
Blague à part, il est compliqué d’expliquer pourquoi et comment cette collaboration est aussi efficace : question de caractères complémentaires, d’objectif commun bien défini, de rythme de travail similaire, etc. On peut dire que nos cerveaux sont branchés sur la même fréquence, peut-être, et que chacun respecte énormément les capacités de l’autre.
Si l’on doit résumer grossièrement notre manière de travailler, Seb a apporté le fond du roman (concept initial issu de sa propre expérience dans le milieu, techniques et outils abordés dans l’histoire, etc.) et Hélène la forme (plume et construction narrative).
Mais c’est réducteur de présenter les choses ainsi, car toute la construction de Rémoras s’est faite par le biais d’allers-retours quotidiens, chacun venant enrichir les idées et suggestions de l’autre.
Encore une fois, nous sommes désolés de ne pas mettre de petite touche dramatique dans tout ça, mais en en quatre ans de collaboration, nous n’avons pas eu un seul différent et pas une seule
dispute !!
4. Hop, entrons dans le vif du sujet qui intéresse les jeunes auteurs avides de conseils : l’auto-édition. Car oui, vous avez décidé de passer par cette voie pour faire connaître votre œuvre. Celle-ci a mauvaise presse en France car elle est considérée (parfois à raison) comme un déversoir pour auteurs qui n’avaient pas le talent d’être publié. Que répondez-vous à cela ?
L’auto-publication a effectivement très mauvaise presse chez nous car, pendant longtemps, on n’y a (presque) trouvé que des auteurs en manque de reconnaissance qui finissaient là parce que l’édition traditionnelle, souvent à juste titre, estimait que leurs œuvres n’avaient pas le niveau pour être publiées.
Mais tout cela change de plus en plus (il suffit de regarder de l’autre côté de l’Atlantique, puisque les Etats-Unis ont quelques années d’avance sur nous en la matière) car l’auto-publication est en train de devenir une voie réellement choisie et non plus subie, pour tout un tas de raisons souvent très valables (royalties potentiellement plus élevées, liberté totale sur les droits et modes de diffusion, envie de vivre pleinement une aventure personnelle, etc.).
Par contre, l’auto-publication n’est clairement pas pour tout le monde : elle demande un niveau d’écriture et un degré d’autonomie très élevés, car l’auto-publié va devoir faire tout seul ce que ferait son éditeur…relecture impitoyable, corrections, mise en page, publication, promotion, etc., le tout avec encore plus de dureté envers lui-même, afin de ne pas sombrer dans le « j’ai écrit un livre et je suis donc forcément génial ! ».
Hélène est d’ailleurs éditée sous son vrai nom pour des guides pratiques et connait donc bien le versant « édition traditionnelle » et son degré d’exigence (ce qui nous a permis d’éviter de nombreux écueils au passage).
Bref, s’il est formidable que tant d’outils soient désormais disponibles pour les écrivains en herbe qui ont envie de vivre l’aventure comme nous l’avons fait, il faut comprendre que l’image des auto-publiés en France dépend directement de la qualité qui sortira de toutes les publications concernées à venir. En d’autres termes, il faut globalement élever ce niveau de qualité pour donner au statut toute sa légitimité.
5. Comment s’est passé concrètement le processus de création et d’édition de votre livre ? Toutes les étapes (correction, maquettage, couverture, diffusion) ont été réalisées par vos petites mimines ? Hors distribution, vous êtes-vous attachés les services de professionnels ?
Nous avons absolument tout fait, du sol au plafond !
Nous avons la chance d’avoir tous les outils professionnels et les compétences qui vont bien, et qui nous servent à la base dans notre travail « alimentaire » (conception de sites web, montage de documents de toutes sortes, etc.)
Et comme nous sommes des maniaques de première, Rémoras est passé par des centaines d’heures de peaufinage, tant sur le fond que la forme.
Aucun professionnel externe n’a été sollicité, mais nous avons par contre monté une équipe très sérieuse de bêta-lecteurs, que nous avons choisis selon des critères variés et précis dès le début. Ils nous ont accompagnés au fil des mois, de façon à ne rien nous épargner…par contre, ils n’ont touché pour leur aide que notre éternelle reconnaissance et nous les remercions donc encore une fois d’avoir accepté de nous faire confiance et de croire au potentiel de Rémoras.
6. Cela doit prendre un temps dingue, non ? Vous n’avez plus de vie ! Comment trouvez-vous le temps d’écrire, derrière tout ça ? Comment arrivez-vous à allier vie professionnelle et artistique ?
Nous avons tout simplement remis à l’ordre du jour un concept normalement disparu au siècle dernier en France : la semaine de 70 heures !!
Certains vont penser qu’on exagère, mais non…nous avons compris il y a déjà pas mal de temps que pour concilier notre travail free-lance et nos objectifs d’écriture de fiction, vouloir rester sur un planning traditionnel était une douce illusion.
Afin de garder du temps pour nous et nos familles, nous étalons donc tout notre travail sur des semaines de 7 jours, Hélène exploite pleinement ses périodes d’insomnie…et nous prions régulièrement Ste Rita pour que ce rythme ne soit pas encore d’actualité en 2022 !!
Mais nous sommes aussi lucides : lorsque nous n’avançons pas sur des projets, nous tournons vite en rond…autant bosser !
7. Votre livre est un vrai succès (plus de 1 000 exemplaires vendus sur Amazon). En quelques mots, comment expliquez-vous un tel engouement ? La qualité du livre ? La promotion ? Le « buzz » par les réseaux sociaux ? Avez-vous des petits tuyaux pour les auteurs autoédité qui souhaiteraient pouvoir s’acheter une villa sur la Côte d’Azur et lécher goulûment du caviar sur le dos d’une naïade au bord de la piscine ?
Ce sont les lecteurs qu’il faudrait interroger pour en savoir plus sur cette question…
En toute modestie, nous pensons que Rémoras tient plus que la route en termes de qualité éditoriale, mais cela est aussi valable pour d’autres livres qui ont du mal à trouver un public.
Il y a eu un énorme travail de promotion, réalisé dès le début, alors que le livre était encore en phase d’écriture : nous avons associé de nombreuses personnes à l’aventure, en publiant gratuitement les premières parties et en recueillant leurs avis. Ceci a sans doute permis de créer de l’attente et d’aider au lancement officiel du livre en février dernier, car beaucoup de nos contacts voulaient faire connaître le roman dans leurs propres réseaux.
Ceci dit, oubliez immédiatement le caviar et la piscine !! Ce n’est pas en France qu’il est possible de toucher autant pour le moment !!
Par contre, le marché anglophone est beaucoup plus large et plus mûr : ce n’est pas pour rien que nous réinvestissons tous nos modestes gains issus des ventes francophones dans la traduction
de Rémoras, afin de pouvoir en diffuser la version anglaise en fin d’année…
8. Dès l’ouverture du
service d’impression à la demande d’Amazon (CreateSpace, qui a enfin ouvert ses portes aux européens), vous vous êtes engouffrés dans la brèche. Quels
avantages y voyez-vous par rapport aux imprimeurs à la demande déjà présents sur le marché, comme Lulu ou Thebookedition ?
Nous venons tout juste de valider ce nouveau canal de diffusion et il faudrait donc nous reposer la question dans quelques semaines, lorsque tout sera en ligne et fonctionnel.
Notre expérience avec Lulu est plutôt positive mais le concept manque pour le moment cruellement de facilitation si on veut vendre ailleurs que sur leur propre site, même en payant, et c’est pourquoi nous nous sommes jetés sur CreateSpace, qui alimente directement la plateforme Amazon…ce qui nous permettra de proposer notre livre en version papier sur la même page que notre version Kindle.
Un atout potentiellement intéressant et pour un coût d’impression réduit par rapport à Lulu. A priori, que demander de mieux ? ...mais nous ne pourrons donner notre avis véritable que dans quelques temps.
9. Beaucoup d’auteurs auto-édité décident de franchir le pas et de créer une structure éditoriale (SARL, association, auto-entrepreneur, etc.) afin de faciliter les démarches administratives de diffusion. Quant est-il de votre côté ? Le Holding M.I.A. est-il en train de naître ?
Sébastien étant en Espagne, c’est Hélène qui prend tous les aspects administratifs sous son nom (avec le statut d’auto-entrepreneur par ailleurs et un contrat très basique qui nous relie l’un à l’autre), les plateformes d’auto-publication ayant complètement oublié de proposer un mode d’enregistrement pour les livres écrits à plusieurs mains…et dans notre configuration géographique.
Certains se diront « ouh la la, oui, mais si soudain elle avait envie de se tirer avec la caisse ? ».
Nous vous rassurons donc : aucun de nous n’a envie de casser un partenariat aussi efficace et prometteur, et, compte-tenu des coûts relatifs à la création d’une structure (sans parler des complications liées à nos différents pays de résidence), nous préférons fonctionner comme ça pour le moment.
Il est évident que si nous finissons par vivre le rêve américain et vendre 2000 livres par jour (on peut toujours rêver !), il faudra qu’on fasse les choses un peu plus proprement, ne serait-ce que pour protéger nos ayant-droits si l’un de nous a le malheur de passer sous un camion !
10. Question piège : je suis éditeur chez Gallimard et je vous propose un pont d’or pour éditer Rémoras. Allez, c’est quand même la galère, l’auto-édition. Vous acceptez ?
L’auto-publication est beaucoup plus passionnante qu’elle n’est galère, en toute franchise.
Ceci dit, si Gallimard arrivait, en nous laissant nos droits audiovisuels, numériques et autres possibilités d’adaptation (ce qui n’arriverait jamais, soyons lucides !), pourquoi pas ?
Mais à la réflexion, non, franchement…
Vous voyez, sur un Rémoras à moins de 3€, nous touchons 2€ environ (pour simplifier).
Hélène, sur ses guides pratiques vendus par un gros éditeur à 13€ touche…1€ (et ils n’ont pas eu l’idée de l’éditer en numérique pour le moment…soupir). En 9 mois, son éditeur a « réussi » à en vendre 1500…en trois mois, et sans aide extérieure, nous avons vendu plus de 1000 exemplaires de Rémoras.
Vous voyez où nous voulons en venir ?
Accepter un gros éditeur pourquoi ? Pour le prestige ?
Nous avons d’autres objectifs et ambitions que de voir notre livre finir au pilon un an plus tard (et nous aimons d’ailleurs trop les arbres, c’est aussi pour ça que l’impression à la demande est
une bonne chose !), pour quelques minutes de « gloire ». Il faudrait vraiment que la proposition soit exceptionnellement différente des contrats d’édition traditionnels, car nous
aimons trop notre liberté de pensée et de fonctionnement pour céder à quelques sirènes…
11. Le petit mot de la fin ?
Merci infiniment pour cette interview rondement menée, rafraichissante et amusante !
Nous espérons que notre façon de voir et de faire les choses donnera envie à de nouveaux lecteurs de découvrir Rémoras, que ce soit en numérique ou sur papier, et nous vous donnons rendez-vous sur notre blog (http://leblogmia.com) pour en savoir plus à notre sujet.
A bientôt !
Merci à vous pour vos réponses complètes et bien sympathiques !
Voilà chère Joanne, j’espère que ces petits tuyaux t’auront été utiles. Il n’y a plus qu’à les appliquer pour devenir riche et célèbre.
Et si je peux me permettre, laisse tomber les sorciers, ça ne marche pas. Essaie-toi plutôt aux vampires ou aux loups-garous, c’est très porteur en ce moment.
Gros bisous,
J. Heska
Vous vous souvenez peut-être de l'article que j'avais publié il y a quelques temps, sur les 100 bonnes raisons de lire Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir. Et bien j'ai décidé de recommencer avec 100 nouvelles bonnes raisons de lire mon nouveau roman On ne peut pas lutter contre le système ! Enjoy !
1.
Parce que c’est un thriller haletant bourré d’action qui vous plongera dans les coulisses du pouvoir et des ONG.
2. Parce que vous pourrez vous en servir pour emballer le caca du chat quand vous aurez arraché les feuilles de mon premier roman Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir (si vous n’avez toujours pas de programme télé).
3. Parce qu’un roman qui commence par la destruction du système financier mondial et le lynchage de banquiers, c’est quand même cool.
4. Parce que tout le monde à un budget « pitié » annuel (mais si, l’argent qui vous sert à payer les places de concert de votre pote mauvais guitariste, à acheter les croûtes minables de votre belle-mère, ou à acquérir les boîtes de camembert « scrapbooké » de votre tata) et que je vaux bien ce budget pitié.
5. Parce que vous êtes un précurseur, et que vous adorez étaler votre snobisme en faisant découvrir les auteurs de demain à votre entourage ébaudi.
6. Parce que vous avez A-DO-RÉ Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir et que la vie ne vous a plus jamais paru la même, que les autres livres vous semblent à présent insipides et ennuyeux, et que On ne peut pas lutter contre le système est votre dernier espoir de retrouver un frisson d’exaltation.
7. Parce que vous avez DÉ-TES-TÉ Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, et que vous voulez lire quelque-chose de vraiment différent avec de l’action, un peu d’humour, de la violence (et du sexe).
8. Parce que après l’avoir lu vous pourrez briller dans les dîners mondains par votre culture financière, car les dérivés de crédit, les actifs pourris, la titrisation d’actifs et les véhicules d’investissement n’auront plus de secrets pour vous.
9. Parce que vous exécrez l’hégémonie des éditeurs parisiens qui imposent leur culture insipide à l’ensemble de notre belle et grande nation (ça tombe bien, On ne peut pas lutter contre le système est édité hors système).
10. Parce que le livre est disponible sur supports électroniques (ipad, kindle et autre) pour une somme dérisoire (2,99 euros, soit le prix de deux baquettes de pain ou de 3 knackis –pas des knackis balls, elles sont beaucoup plus chères, d’ailleurs je trouve que c’est un peu de l’arnaque, parce que franchement, il y a beaucoup moins à manger dans un pot de knackis balls que dans les knackis standards. En plus, je ne parle même pas du fait qu’il y ait trois fois plus de peau et que…).
11. Parce que c’est une vraie démarche artistique qui n’a pour but de me rendre riche, mais de faire des bouquins sympathiques à faible coût (toutes les marges ont été rognées à mort et que tout ce qui est gagné est réinvesti dans le bouquin).
12. PARCE QUEEEEEEEEEEEEEEE !!!!!!!!!
13. Parce que c’est un livre qui vous fera voyager aux quatre coins du monde, de Londres à l’Ouganda en passant par les USA et ma merveilleuse Bourgogne chérie (terre viticole bénie des dieux qui m’a accueilli, respecté et aimé ;-) ).
14. Parce qu’il y a une belle histoire d’amour, mais sans sirop dégoulinant sur de la guimauve parfumée aux pommes d’amour et au miel.
15. Parce que la fin est très surprenante et vous laissera le cul par terre (garanti)
16. Parce qu’il y a une partie de l’action qui se passe en Ouganda. Et que ça reste quand même super rare les bouquins qui parlent de l’Ouganda (est-ce que vous savez le situer sur une carte, l’Ouganda ? Et même, est-ce que vous connaissez la capitale de l’Ouganda ? Encore pire, vous pouvez citer un personnage de l’Ouganda ? Ben vous voyez !).
17. Parce que vous vous reconnaissez dans le combat mené par Greepeace face au libéralisme forcené qui broie des êtres humains, qui détruit l’environnement, et qui mène l’humanité au bord du gouffre.
18. Parce que vous détestez ces idiots de Greenpeace qui ne savent que saboter les gagne-pain des travailleurs dans des opérations grandiloquentes.
19. Parce que je me suis drogué au café et que je n’ai pratiquement pas dormi pendant des mois pour arriver à écrire ce bouquin, que ma copine a failli me quitter et que mon chat me fait la gueule, et que du coup, ça vaut bien une compensation.
20. Parce que ce livre vous permettra de résister à une invasion extra-terrestre (attention, uniquement s’ils sont allergiques à la cellulose. Quoi, vous ne savez pas à quel point c’est important ? Voir ici).
21. Parce que si votre train est en retard, vous serez heureux d’avoir quelques minutes (heures) en plus pour vous occuper et vous ne râlerez pas contre ces crétins de fonctionnaires fainéants de la SNCF (et de la Région, si vous êtes bloqués dans le TER).
22. Parce que Docteur House a trouvé ce bouquin super (en réalité, il l’a trouvé nul à chier, mais vu comme son bouquin à lui était pourri, c’est plutôt un gage de qualité).
23. Parce que vous pouvez lire les premières pages du bouquin gratuitement : ici.
24. Parce qu’aucun animal n’a été maltraité pour la réalisation de cet ouvrage (enfin sauf gribouille, qui s’est pris une bonne raclée le jour où elle a fait tomber le pc de la table alors que je n’avais pas sauvegardé).
25. Parce ma petite sœur a dit qu’il était trop bien (et elle travaille à Cultura, alors elle SAIT).
26. Parce que vous souhaitez promouvoir une littérature différente et indépendante.
27. Parce que le livre est deux fois plus gros que Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir et qu’en plus, il est au même prix ! Soit deux fois plus de bonheur !
28. Parce que je suis n°1 des ventes à Pitivier-sur-Marne (oui, c’est le village de ma belle-mère, et il n’y a que 25 habitants pour 300 chèvres, il n’empêche que je suis n°1 des ventes là-bas).
29. Parce que les thématiques abordées (OGM, finance mondiale, intrigues politiques) sont complexes, bien détaillées, et expliquées avec pédagogie.
30. Parce que vous voulez connaître un peu mieux le monde dans lequel vous vivez.
31. Parce que j’ai un super charisme et que je vous ORDONNE de l’acheter.
32. Parce que Dieu vous le rendra (peut-être).
33. Parce que le roman est truffé de références à mes précédents livres et à mon blog et que si vous commentez régulièrement, vous avez une bonne chose d’y apparaître.
34. Parce que mon chat fait une nouvelle apparition dans l’histoire. Et que vu comme c’est parti, elle risque d’apparaître dans tous les livres à venir.
35. Parce que si personne n’achète mon bouquin, je vais arrêter d’écrire et vous serez très tristes, mais ce sera trop tard, et ça ne servira à rien de venir me chercher dans un monastère bouddhiste au fin fond du Cambodge pour me faire revenir. Ce sera niet !
36. Parce que le milieu de l’édition m’agace prodigieusement (voir ici) et que ce serait un beau pied de nez si mon roman était un succès.
37. Parce que si j’en vends 100 000 exemplaires, je me mets à poil sur Internet.
38. Parce qu’un livre est un bon support d’entraînement aux arts jedi (ben oui, c’est mieux de commencer à soulever 500 grammes par la pensée qu’un vaisseau spatial de 6 tonnes).
39. Parce que la couverture est super originale, avec son bel euro en flamme.
40. Parce qu’il y a beaucoup d’action !
41. Parce que vous aimez les débauches d’acronyme et que vous crevez d’envie de savoir ce qu’est l’ANSES, l’AFSA, la FDA, le HCB, l’AFFSA, l’OCDE, l’OMS, l’UE et la DCRI.
42. Parce que le papier intérieur est très joli, et que j’ai fait de belles lettrines, de belles césures pour faire encore plus joli (et que j’ai évité les lignes veuves et orphelines moches).
43. Parce que ça ne sert à rien de dépenser votre argent pour aller voir M.I.B. III au cinéma : il est nul.
44. Parce que lire est un acte introspectif qui permet de mieux se connaître soi-même.
45. Parce qu’une fois, après un voyage en Thaïlande et avoir mangé un plat de porc avarié, un singe volant avec des collants m’a affirmé que l’ensemble de la population de cette planète devait acheter mon livre, sinon elle serait détruite dans les flammes de l’Enfer.
46. Parce que pour chaque commande, vous avez droit à une belle dédicace personnalisée !
47. Parce que les moineaux ne savent pas lire.
48. Parce que le livre a obtenu des superbes critiques, exemple : ici.
49. Parce que vous n’allez pas dire que j’ai sué sang et eau pour construire une boutique en ligne sur le blog pour rien !
50. Parce que c’est un thriller français, et que c’est la mode du moment de mettre en valeur notre beau patrimoine local, comme la saucisse de Morteau, le nucléaire, et la mauvaise humeur.
51. Parce que si vous avez déjà acheté Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir, ce serait idiot de ne pas avoir l’intégrale de J. Heska.
52. Parce que je m’engage à rembourser deux fois la différence si vous n’êtes pas satisfait de la lecture (non, je déconne).
53. Parce que j’ai changé de trame narrative et de thème afin de surprendre complètement le lecteur, et de ne pas devenir comme ces écrivains pour lequels on dit « bof, c’est toujours pareil ».
54. Parce qu’avec sa belle couverture noire, vous pouvez vous fabriquer un costume de ninja.
55. Parce que c’est le roman le plus vendu de tous les temps (enfin, un jour).
56. Parce que si 2012 sonne réellement la fin du monde, ce bouquin à de fortes chance de rentrer dans l’histoire comme une des dernières œuvres parues avant la destruction de la Terre (Ah merde, si la Terre est détruite, il n’y a plus d’histoire…).
57. Parce que vous voulez vous faire plaisir (non, vous ne vous ferez pas plaisir en achetant l’intégrale de Harry Potter).
58. Parce qu’un livre est éternel et ne s’abîme jamais (de même, si la taille de l’impact est inférieur à une pièce de deux euros, vous pouvez injecter de la résine spéciale et il paraîtra comme neuf).
59. Parce que vous n’allez tout de même pas salir la mémoire de tous ces arbres morts pour la grande cause !
60. Parce que je n’ai pas mis de DRM dans la version électronique, et rien que pour ça, je mérite votre amour inconditionnel.
61. Parce que vous avez le droit de le prêter à votre entourage et que ça, c’est interdit dans l’industrie du disque ou du film (on vous mettrait en tôle pour quarante ans avec des violeurs et des trancheurs de gorge).
62. Parce que ce livre peut servir à isoler votre maison (si, si, c’est vrai, regardez le reportage de E=M6 du 24 février 2011).
63. Parce que vous pouvez vous en servir pour agacer votre petite sœur qui vous a piqué la télécommande de la télévision pour regarder Plus Belle la Vie en le lisant à haute voix.
64. Parce que Chuck Norris ne lit que trois livres : Chuck Norris, par Chuck Norris, Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir par Chuck Norris et On ne peut pas lutter contre le système par Chuck Norris aussi (je n’allais pas le contredire). Et qu’il vaut mieux aller dans son sens.
65. Parce que On ne pas lutter contre le système, c’est un titre à rallonge qui est super classe (plus classe en tout cas que Les Yeux jaunes des crocodiles ou Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites).
66. Parce que ce roman est noir comme un café serré, mais qu’il y a quand même de l’espoir.
67. Parce que la campagne présidentielle vous a bien saoulé et que ce livre vous aidera à passer à autre chose.
68. Parce que le roman vous expliquera pourquoi les banques dominent nos vies et pourquoi on ne peut absolument rien y faire.
69. Parce que vous vous crevez les yeux toute la journée sur un écran. Au moins avec un livre, vous reposerez vos rétines.
70. Parce que vous pouvez parler de quelque-chose devant la machine à café et passer enfin pour un lettré plutôt qu’un beauf passant son temps sur radio bière-foot (la radio de la bière et du foot, à la télé).
71. Parce que vous pouvez me piquer les idées pour écrire votre propre histoire, encore plus géniale, et qui va révolutionner le monde.
72. Parce que si vous voulez pouvoir télécharger illégalement le film un jour, il faut que je vende plein de bouquins.
73. Parce que ce livre a une sérieuse chance de remporter le Goncourt 2013 (en cas d’attentat nucléaire sur Paris)
74. Parce que vous pouvez lire tout en conduisant (ah non, zut, on n’a pas le droit)
75. Parce que si vous n’achetez pas mon livre, j’exécute le chat.
76. Parce que cela permet d’engager la conversation dans le RER (« Je l’ai lu aussi, il est pas mal, ça vous dirait de boire un café puis de faire sauvagement l’amour dans une chambre d’hôtel sordide à Montparnasse ? »)
77. Parce que vous aimez les histoires à rebondissements.
78. Parce que vous pouvez vous en servir pour draguer votre mignonne petite collègue, au lieu du lui parler de votre dernière partie de WoW ou de CS, et de Star Wars.
79. Parce que ça vous donne une bonne excuse de glandouiller dans le lit samedi matin au lieu de nourrir le chat, de passer l’aspirateur, de nettoyer les vitres et de payer les impôts.
80. Parce que ça vous permet de découper les caractères imprimés pour réaliser une lettre anonyme de menace à votre voisin qui met le son de ses pornos à fond le matin à 7h30 pendant que vous prenez votre petit-déjeuner.
81. Parce que si vous m’envoyez un mail, je réponds toujours, même si vous dites que mon livre est nul.
82. Parce que le roman a failli être édité chez les plus grandes maisons d’édition (pour de vrai), et que ça montre à quel point il est bien.
83. Parce que je fais avant tout des livres pour les lecteurs, pas pour enfiler des perles stylistiques et me vautrer dans ma suffisance.
84. Parce que les héros ne sont pas plus beaux, plus intelligents, ou plus forts que la moyenne (enfin, sauf Marty). Ils restent humains, avec leurs qualités et leurs défauts.
85. Parce qu’une fois le livre terminé, vous n’aurez qu’une envie : le relire avec un nouvel angle de vue.
86. Parce que contrairement à Transformers 3, il y a un vrai scénario !
87. Parce que vous pouvez vous en servir pour fabriquer une bombe nucléaire : ne me demandez pas comment faire, MacGyver y arrive très bien, lui.
88. Parce que vous avez beau ne pas être heureux, ne pas avoir de copine, avoir un chien colérique et vengeur, un patron qui vous persécute, une voisine qui vous fait chier, vous pouvez vous évader de votre quotidien.
89. Parce que vous me suivez depuis le début du blog, et que vous avez envie de découvrir si je tiens la route sur la distance.
90. Parce que la lecture reste l’activité la moins chère en coût / horaire.
91. Parce qu’en achetant ce livre, vous n’engraissez pas les grands groupes multinationaux et le système financier mondial (juste moi).
92. Parce que la lecture est une excuse excellente en voiture pour ignorer votre cousin fan de tuning et de Johnny, et pour vomir sur ses sièges baquets tout en cuir (« excuse-moi, je suis toujours malade quand je lis en voiture »).
93. Parce que ce roman n’évoque ABSOLUMENT PAS Justin Bieber, Matt Pokora, Mickael vendetta, ni même Nikos Aliagas.
94. Parce que la lecture prend le contrepied de notre époque où tout va trop vite, où on ne finit jamais rien, où consomme la culture comme des chocolats un soir de nouvel an et où finalement on regarde le train passer sans forcément arriver à grimper dedans.
95. Parce que entre ça et Secret Story, franchement…
96. Parce que vous aimez bien faire craquer le bruit des pages sous les doigts, ou parce que vous aimez tourner les pages de votre kindle et vous époustoufler devant la magie de l’encre numérique.
97. Parce que quand vous aurez commencé à le lire, vous ne pourrez plus le lâcher !
98. Parce qu’il est écrit par un jeune auteur hyper talentueux, sympathique, beau, intelligent et charismatique (et modeste, en plus ;-)).
99. Parce que plutôt que d’aller perdre votre temps à mater les vidéos débiles de Norman, de Cyprien ou du joueur de grenier sur Youtube, cultivez-vous un peu !
100. Parce que les nazis brûlaient les livres (Yeah ! J’ai fini sur un point Godwin !)
Et n'oubliez que popur commander mon fabuleux roman, c'est ici en version papier, et là en version numérique !
La file d’attente avança
d’un petit pas. Béatrice fulminait. Le carton qu’elle tenait dans les bras lui cisaillait la peau et la chair. Lorsque vint enfin son tour après dix longues minutes de piétinement, elle fit part
de son mécontentement au vendeur. Celui-ci se confondit en excuses, et lui répondit que la dernière promotion avait attiré beaucoup de nouveaux clients. Elle l’informa qu’elle était une fidèle de
la première heure, avant de jeter son emballage sur le comptoir. Un petit chaton mignon s’extirpa en mordillant le carton.
— En plus, celui que vous m’avez donné était particulièrement chiant.
— « Chatons à emporter » vous adresse ses plus sincères excuses.
L’employé tamponna les trois exemplaires du formulaire, prit l’animal et le balança dans le broyeur. Un couinement affreux remonta, et des bruits de crépitements s’échappèrent d’un tuyau vers l’arrière-boutique. Il saisit un des chatons piaillant dans les cages sous le comptoir et le chargea dans le carton de Béatrice.
— Voilà ! Votre nouveau compagnon de la semaine. Sorti tout droit de l’usine de maternité.
— La prochaine fois, je ferai une réclamation.
Béatrice tourna les talons, fière de ne pas s’être laissée faire. Elle resta quelques instants à fouiner dans la boutique, s’intéressa aux nouvelles formules d’abonnement. Hésita à passer sur un forfait mensuel, renonça quand elle vit qu’il fallait nourrir le chaton pour de meilleurs résultats. Non, décidément, un chaton par semaine, ça apportait plus de gaieté au quotidien.
Dans un monde idéal…
Suite au final de la saison 2 de l’excellente (mais annulée) série Stargate Universe, qui a laissé une certaine frustration, voici donc la petite histoire qui conclut la série ! Bienvenue dans la saison 3 :-)
Les photographies floues diffusées sur le blog « Alerte UFO » sont étonnantes, même si je n’y crois pas vraiment. Un ovni ressemblant vaguement à un oiseau vole au dessus de la Sibérie et explose en plein vol. Des débris gravés de hiéroglyphes trouvés par des soi-disant scientifiques russes sont exposés. Bref, rien de bien inhabituel dans les légendes urbaines que l’on peut amasser à la pelle sur le Web.
Les images affluent à la télévision. Les ovnis sont présents un peu partout. Ils semblent se livrer bataille. Deux factions s’opposent. Des photos satellites montrent en orbite d’imposants vaisseaux spatiaux, de forme pyramidale. Une déclaration officielle est faite au siège des Nations-unies. On nous indique qu’il s’agit d’une invasion extra-terrestre. Qu’il faut nous battre.
La civilisation telle que nous la connaissons a sombré. Paris, Londres, Pékin, Moscou, New-York, Tokyo, Bombay, Sydney : les principales villes du monde ont été soufflées par une bombe larguée par des ovnis kamikazes, malgré l’acharnement de nos forces armées. Des espions extra-terrestres avaient visiblement infiltré les plus hautes sphères du pouvoir, inhibant toute contre-attaque.
Le niveau de radiation augmente dans
l’air. « Naquadriah », comme l’ont susurré certaines émissions de radio. Un composé pire que l’uranium. La panique s’installe. Des gouvernements tombent. Le chaos règne. Les réfugiés
affluent.
Une opération de la dernière chance, venant de l’armée américaine. Elle se solde par une catastrophe. L’explosion est si puissante que la lumière a brillé comme en plein jour durant une bonne partie de la nuit sur notre continent européen. Le sol a vrombi, jetant à terre tout bâtiment de plus d’un étage. Des tsunamis ont ravagé les côtes, des continents entiers se sont abîmés dans les océans, des volcans se sont réveillés, des lignes de faille se sont creusées au milieu de zones surpeuplées.
Les ovnis ne reviennent pas. De toute manière, il n’y a plus rien à envahir. Les isotopes radioactifs sont retombés, empoisonnant eau, terre, air. Les particules de poussière propulsées dans la stratosphère cachent les rayons du soleil. La température tombe. Notre planète se meurt.
Nous fuyons notre abri provisoire avec Ava lorsque des survivants, tenaillés par la faim et le désespoir, ont révélé leurs instincts barbares : ils ont massacré une famille pour une canette de coca. Nous errons avant de rencontrer un autre groupe, tenu d’une main de fer par un ancien militaire qui ne tolère aucun comportement déviant. Cela nous convient, pour le moment.
Nous mourons petit à petit. Le froid nous paralyse. La neige ne cesse de tomber, alors que nous sommes en plein mois de juillet. Nous n’arrivons plus à nous abriter. Les arbres gèlent et cassent comme du verre. Les animaux ont disparu. Les radiations brûlent nos corps affaiblis par la famine. Les capsules d’iode arrivent à épuisement.
Je serre Ava dans mes bras. Elle n’est plus qu’un corps glacé, sans vie. Je me dis que c’est la fin. Qu’il n’y a plus aucun espoir. Alors que je me prépare à quitter mes habits pour m’enfoncer dans l’atmosphère congelée de cette nuit d’été, une lumière incandescente apparaît devant moi. Je me frotte les yeux. Un visage souriant se dessine…
Mes paupières
s’ouvrent brusquement. Une douleur déchire ma poitrine. Des gens sont regroupés autour de moi : Young, T.J., Rush et Eli. Ils étaient plongés dans une conversation tendue qu’ils abandonnent
pour se porter à mon chevet.
— J’ai mal partout.
— Cela confirme mes craintes, affirme T.J. en agitant un faisceau lumineux devant mes pupilles. Physiologiquement, vous n’avez rien. Mais vous développez les symptômes d’une sévère irradiation.
Je tousse. Le mal-être dévore mes chairs.
— Eli m’avait prévenu avant mon transfert, répliqué-je. Je savais que ma survie ne serait que temporaire.
Devant leur mine étonnée, je confirme que j’ai bien recouvré toute ma mémoire.
— Tu voulais voir de tes propres yeux le Destinée, ajoute Eli. Et ne pas finir… seul.
Je cligne les yeux en signe d’acquiescement.
— Je ne comprends pas Eli, réplique Young. Si vous êtes en contact avec les aliens d’Eden, pourquoi ne pas leur avoir permis de le ressusciter complètement ? Ou de nous avoir laissé dériver pendant toutes ces années ?
— C’est plus complexe. Ils acceptent de répondre à certains appels, pas à d’autres. Tout ce qui peut avoir une influence.
Je tousse à m’en décrocher les poumons. Je me sens fiévreux, la fin est proche.
Rush fulmine. Il marche d’un bout à l’autre de la pièce en griffonnant sur une feuille des calculs. Il marmonne des paroles inintelligibles.
— Je veux rentrer chez moi.
— Faisons ça ! crache-t-il d’un ton aigre. J’ai 83 activations de porte non contrôlées depuis hier. Des armées prêtes à nous envahir et à nous dépecer pour récupérer le vaisseau, mais gâchons le peu d’énergie qu’il nous reste à renvoyer cet individu chez lui !
J’arrive à me relever sur ma couche.
— Cela ne vous coûtera pas un watt de plus.
J’interroge Eli du regard, qui hoche la tête pour me signifier son accord. Il tend alors les bras d’un geste volontairement très solennel, paumes vers le ciel.
— Il est prêt !
Aussitôt les lumières vacillent dans l’infirmerie. Le Destinée semble marquer un sursaut d’accélération. Les talkies-walkies se mettent à grésiller.
— Colonel ! hurle le lieutenant Scott. La porte vient de s’activer ! Malgré nos contre-mesures !
— Alerte maximum, répond-il. Que toutes les équipes se préparent à repousser un assaut. Qu’avez-vous fait, Eli ?
— Je… pardon, je voulais juste faire un effet. Tonnerre, éclair… Il n’y aura pas d’invasion. Il est temps pour notre ami de rentrer. E.T. Téléphone. Maison.
Voyant que son trait d’humour ne provoque aucune réaction, il se racle la gorge et passe son bras son mon épaule pour m’aider à me relever. Je grimace, mais je parviens à faire quelques pas dans les couloirs glacés.
— Merci pour tout, Eli.
Je sens les larmes inonder mes yeux, j’essaie de les assécher en secouant la tête.
— Je vais me sentir seul, sans toi, répond-il. Je t’aimais bien.
— N’oublie pas. Il faut que tu changes le cours de l’histoire.
Nous sommes suivis de près par les militaires crispés sur leurs armes. Les membres d’équipage que nous croisons s’arrêtent pour toiser l’étrange caravane. Certains sont soulagés de me voir quitter les lieux, d’autres au contraire semblent le regretter.
— Scott, vous confirmez que tout est dégagé ?
— RAS, colonel.
Je passe devant le sergent Greer, posté derrière une pile de caisses. Il me fixe avec un drôle d’air, puis me salue d’un hochement discret de la tête. Je lui réponds de la même manière. Au détour d’un couloir, j’aperçois la silhouette de Ginn, un peu en retrait. Elle m’adresse un signe de la main et me souhaite bonne chance en le mimant avec ses lèvres. Je me contente de lui sourire.
Nous débouchons enfin dans la salle de l’anneau. Il est là, grand, majestueux, rempli de ce fluide qui ondule paisiblement. Eli m’avance jusque-là, puis me libère. Je tiens
difficilement sur mes deux jambes. Je reste à admirer cette lumière bleutée, puis y enfonce ma main. C’est glacé.
Je me retourne une dernière fois. Toute l’équipe est là.
— Je vais leur demander de bloquer votre vortex, le temps que vous trouviez une parade. L’humanité compte sur vous. Merci pour ces derniers instants.
Je disparais dans le fluide coloré.
— Petits pois ou carottes ?
Je m’arrache de ma mélancolie. Ava est postée devant moi, belle, impatiente, vivante. Ses yeux bleus profonds semblent vouloir transpercer mon âme.
— Quoi ?
— Pour aller avec la quiche, insiste-t-elle, petits pois ou carottes ?
Je lâche le cabas, qui se met à rouler en pleine autonomie avant de percuter une gondole débordant de yaourts à 0%, je la prends dans mes bras, et l’embrasse passionnément. Lorsque je relâche mon étreinte, elle s’éloigne de quelques pas, sous le choc.
— Quelle fougue…
Ses tempes se colorent face aux regards curieux des autres clients.
— J’ai pris conscience de certaines choses, je souhaite profiter de chaque instant.
Elle sourit.
— Peut-être, mais tu ne m’as toujours pas dit ce que tu voulais qu’on cuisine.
— Je t’aime.
— Tu es sûr que tout va bien ?
Un étrange rictus se dessine sur mon visage.
— Que faisons-nous maintenant ? dit Rush d’un ton las en posant son plateau sur la table occupée par le colonel Young.
L’équipage s’agite autour d’eux. Il rit, gesticule, s’amuse. La dégustation de nouveaux fruits ramenés d’une planète inconnue par une patrouille, succédant à l’inactivité de la porte, a fini d’apaiser les tensions.
— Devons-nous poursuivre la mission du Destinée ? reprend-il.
Young fait claquer sa langue entre les dents.
— Concentrez plutôt sur un moyen d’empêcher ce désastre.
— Vous ne vous rendez pas compte. Il faudrait être en capacité de nous faire remonter le temps sur plus de 700 ans, de contacter la Terre, et enfin de trouver une parade à une invasion kamikaze lancée par des fanatiques.
— Raison de plus pour que vous y mettiez dès à présent. Faites vous aider d’Eli.
Il lui adresse une tape amicale sur l’épaule et s’éloigne en emportant son plateau vide. Rush reste pensif, le regard perdu sur les nervures mauve du fruit.
Et se met à sourire.
FIN
Voilà, c'est fini ! J'espère que cette histoire vous aura fait passer un bon moment :-) Reprise d'une activité normale sur le blog très bientôt !
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