Mme Rubillad,
Vous avez décidé de confier le corps de votre défunt mari à notre société, et nous vous en remercions.
Cycla’corps, leader mondial dans le recyclage organique, est fière de pouvoir assurer un taux de rendement de plus de 99%, grâce à son procédé révolutionnaire « Combust + © » agréé par les services de l’Union.
Votre mari, dont le poids était de 75.3 kg, a ainsi fourni :
> 54.75 l d’eau pure : MEOLIE EAU (distribution d’eau)
> 14.58 kg de carbone : AKBUR (pneumatiques)
> 2.58 litres d’azote : NOUVEA FRANCE (transport urbain)
> 1.72 kg de calcium : BABY PHYTO (alimentation du nourrisson)
> 756 g de phosphore : ATLER (recherche médicale)
> 312 g de potassium, 153 g de soufre, 106 g de sodium, 69 g d’iode : VIE (écosystèmes sous-marins)
> Traces de métaux : RICHAR & CO (matériaux divers)
En nous associant à votre peine, notre service commercial reste à votre disposition pour répondre à vos éventuelles questions.
Cordialement,
Le service client
Dans un monde idéal...
Vente
— J’aime bien cette robe. Elle ne me boudine pas trop ? Vous en pensez quoi ?
— La robe est moche, mais pas autant que votre gros cul qui déforme tout.
— Moui… Vous avez raison. Je vais prendre l’autre modèle. Parce que, pour le cul, je ne peux rien faire dans l’immédiat. Merci beaucoup !
Travail
— … du café. Et les photocopies. Et le mail du boss. Et les dossiers Rubillad et Sanwez. Tu les signeras de mon nom, pour rassurer les actionnaires. D’accord ?
— C’est que… Ça m’ennuie de couvrir votre incompétence, encore une fois.
— J’en ai bien conscience. Mais regarde-moi. Je suis moche, gros, con et raciste. Je trouve simplement un exutoire à ma vie misérable et pathétique en tyrannisant mes subordonnés. Bon j’attends tout ça pour 17 heures !
Rue
— Oh ! T’as pas une pièce ? C’est pour me bourrer la gueule.
— Si, bien sûr, plein. Mais je n'ai pas envie de vous en donner. Je préfère m’acheter une glace avec. Je serais plus heureux.
Dans un monde idéal…
Lorsque le feu tricolore passa enfin au vert, Robert écrasa la pédale d’accélérateur. Raté. Il avait débrayé trop vite, son pot d’échappement pétarda et sa voiture cala. Ses concurrents le doublèrent en prenant soin de le percuter pour le retarder.
Vexé, il repartit en faisant hurler les pneus. Il rattrapa le peloton, et heurta le pare-choc d’une jeune femme qui s’encastra dans la vitrine d’un fleuriste. Trois bidons d’huile de banane bien placés sous les roues d’autres concurrents lui permirent de remonter au classement.
Décidé à prendre des risques, Robert braqua à gauche et quitta la chaussée pour déboucher au milieu d’un parc fourmillant d’enfants. Il injecta 50 ml d’éther pur dans le réservoir, le turbo-boost l’écrasa dans son siège. La voiture défonça les haies, accéléra sur le talus, s’envola et se retrouva à nouveau sur la route, devant les autres.
Robert exultait. Il était le vainqueur…
Jusqu’au feu suivant.
Dans un monde idéal…
Nos amis les morts-vivants ne sont pas acceptés
dans cet établissement
Cynthia arracha la pancarte avec rage et la jeta au milieu de la rue.
— Vous n’avez pas le droit de faire ça ! hurla-t-elle à l’adresse du cafetier qui sortait. C’est de la discrimination !
Le serveur alla ramasser le panneau et toisa le couple. Le mari devait être mort depuis au moins six mois. Les larves s’échappaient par dizaines de ses chairs décomposées. Un liquide jaunâtre s’écoulait par sa bouche, et il grognait.
— Mais… Vous sentez l’odeur ? Il refoule à quinze mètres !
Cynthia lui envoya son pied dans le tibia.
— C’est pas une raison ! Sale nazi ! Ça ne passera pas comme ça ! J’irai porter plainte !
— Et ben vas-y connasse !
Le serveur lui montra son poing. Elle attrapa la main de son mari (manquant d’ailleurs de la lui arracher) et s’enfuit.
— Salope ! Si ça ne tenait qu’à moi, ils iraient tous au cimetière, les cadavres !
Dans un monde idéal…
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