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Voilà plusieurs mois que Ben était enfermé là, dans le noir, baignant dans ce liquide nauséabond, nourri par perfusion. Lorsqu’enfin une ouverture sembla se dessiner, il se précipita. Le passage était étroit, il força. On l’agrippa, on le frappa.

— C’est un garçon ! émit une voix. Félicitations !

Ben se mit à pleurer. Le calvaire ne faisait que commencer.

 

 

Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 21:30
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— Je ne te laisserai pas mourir ici ! On va se battre ! On va s’en sortir !

 bref-ban

 

Le gars qui est en train de me secouer, c’est un pote à moi, Guillaume. Guillaume est parti s’installer il y a huit ans à Lyon parce qu’il a trouvé un boulot sympa et bien payé.

— Ouais, je quitte la capitale parce que j’ai trouvé un boulot sympa et bien payé.

Depuis, il me harcèle chaque année pour que je vienne à cette manifestation qui consiste à éclairer des bâtiments publics hideux avec de gros projecteurs rouges.

 

Au téléphone : « Hé !  Ça te dit de venir t’éclater à la fête des lumières à Lyon ? ».

Par texto : « Bah ! Tu devrais venir à la fête des lumières. ».

Par mail : « Yeah ! Bientôt le 8 décembre ! C kan que tu viens ? On va se poiler ! LOL ! .

 

Je déteste les interjections qu’il utilise au début de chaque message, presque tout autant que le terme « poiler ». Mais comme je suis lâche, je n’ai pas pu lui dire non. Deux heures de TGV et 135 euros plus tard, j’ai débarqué au milieu d’une foule humide et accueillante.

— Oh, connard ! T’as pas un euro ?

Compressés comme deux sardines en boîte, Guillaume m’a guidé en faisant des petits hochements de tête d’initié devant des animations avec des poules ou devant des ballons suspendus au dessus d’une statue.

À un moment, il y avait un flipper géant sur une façade. C’était marrant. J’ai tenté d’y jouer. J’ai foiré, la foule m’a hué. C’était moins marrant.

 

On a piétiné. Un gars m’a accosté pour que je lui achète un bâton lumineux. Je l’ai envoyé se faire voir.

— C’est combien ?

— Quinze euros.

Il m’a regardé. Je l’ai regardé. Il m’a fait les yeux du chat dans Shrek. Je lui ai donné mon billet de vingt euros, il ne m’a pas rendu la monnaie. J’ai plus de quoi m’acheter à manger.

Guillaume m’a amené place des Terreaux, parce que ça vaut vraiment le coup.  

— Tu vas voir, ça vaut vraiment le coup.

On s’est fait refouler trois fois par des CRS. Finalement, on a attendu deux heures pour voir des chevaux courir sur des façades avec une vidéo d’une fille en train de hurler. Guillaume a acquiescé comme un initié. On a fini par l’hôtel de ville avec des morceaux de papiers toilettes fluorescent suspendus en l’air. Guillaume a acquiescé comme un initié.

On s’est retrouvé devant l’opéra. Et là, le choc, un éclairage magnifique.

— C’est dommage, ils ont rien fait sur l’Opéra cette année.

 

Un mouvement de foule nous a poussé, je suis tombé. Je me suis fait piétiner par une vieille, une petite fille, un gars en fauteuil roulant et un teckel. Guillaume m’a sorti de là.

— Il ne faut jamais tomber à la fête des lumières ! Sinon, c’est la mort !

J’ai faim, j’ai plus d’argent, j’ai tous les muscles qui me font souffrir. Il est deux heures du matin et il va falloir rentrer à pied chez Guillaume.

 

Bref. Je suis allé à la fête des lumières à Lyon.

 

lumiere

 

 

— Alors, la fête des lumières, c’est comment ?

— Je crois qu’il faut être initié…

 

 

 

 

PS : En vrai, c'était vraiment pas mal, je le conseille ! (encore plus si vous aimez vous frotter à de jeunes inconnus)

Lundi 12 décembre 2011 1 12 /12 /Déc /2011 23:15
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apple-store-part-dieu-2.jpgÀ peine entré sur le temple d’Apple, on est immédiatement happé par l’ambiance. Un vaste endroit lumineux, aéré, épuré, où de larges tables espacées s’alignent pour présenter les quelques produits Apple.

Des vendeurs, moulés dans leurs beaux tee-shirts bleus, des ipad à la main, déambulent et renseignent la clientèle qui succombe toujours plus nombreuse à la marque à la pomme. Je m’approche d’une sorte de bar au fond, derrière lequel des barmans servent des cocktails techniciens  s’activent. Je n’ai pas le temps de m’approcher qu’une femme me saute dessus.

— Bonjour, je suis Sophie, que puis-je pour vous ?

— Bon… Bonjour. Je viens pour un problème de batterie avec mon MacBook Pro. Et un autre avec mon iphone : le bouton du mode silencieux ne fonctionne plus. Je voulais savoir s’il était possible de faire un devis pour réparer. Éventuellement. En fonction du prix.

— Bien sûr, réplique-t-elle avec un sourire. Tout est possible, chez Apple.

Elle pianote sur son ipad. Il charge très lentement une page. Elle s’impatiente, relance le chargement, et effectue diverses manipulations. Finalement, vaincue, elle se tourne vers un collègue derrière elle.

— Eh ! Tu peux le prendre ? J’arrive pas à le mettre sur le planning.

— Oui, c’est bon, dit-il en soupirant.

Je commence à m’avancer vers lui.

— Attendez, ça remarche !

Je reviens vers elle.

— Malheureusement, le planning est complet. Je n’ai pas de place pour vous dans l’immédiat.

— Mais votre collègue vient de dire qu’il pouvait…

— Oui, mais le planning…

Je fais une grimace. Elle se retourne. Il hausse les épaules.

— OK, dit-elle finalement. Je peux avoir votre prénom ?

— J.

— Bonjour J, je suis Sophie.

— Bonjour… Sophie.

— Et votre nom ?

— Heska.

— Une adresse mail ?

— Vous n’allez pas m’inscrire à une newsletter ou autre ?

— Non, non, ne vous inquiétez pas. On ne fait pas ça, chez Apple.

Je la lui donne.

— Vous allez pouvoir passer chez le technicien. La prochaine fois, pensez à télécharger l’application Apple Store pour prendre un rendez-vous. Vous pouvez flasher le code sur mon badge. Bonne journée, J.

Je m’installe sur une chaise de bar, inconfortable. Le technicien lève les yeux sur moi. Il manipule son ipad.

— Je peux avoir votre prénom ?

— Je l’ai donné à l’instant à votre collègue.

Nouvel haussement d’épaules.

— Vous pouvez me le redonner ?

— J.

— Et votre nom ?

— Heska.

— Et votre adresse mail.

apple-store-lyon-7.jpg— Vous n’allez pas m’inscrire à une newsletter ou autre ?

— Non, non. Nous ne faisons pas ça, chez Apple, J.

Je soupire, je la lui donne.

— Quel est votre problème ?

Je dégaine mon MacBook Pro.

— Ma batterie refuse une fois sur deux de se recharger et…  

— Pourquoi vous sortez votre ordinateur portable ?

— Ben… Parce que c’est lui qui a le problème. Ma batterie à moi fonctionne encore très bien.  

Insensible à mon trait d’humour, il interpelle sa collègue.

— Pourquoi tu me l’as envoyé ? C’est son MacBook Pro qui plante.

Sophie plonge le nez sur son écran.

— Je ne comprends pas. J, vous m’aviez bien dit que cela concernait votre iphone ?

— Oui, mais également mon MacBook Pro.

— Moi, je ne fais que les iphone, déclare le technicien avec une moue boudeuse.

— Oui, il a aussi un problème.

— J’ai un créneau pour un MacBook Pro mercredi prochain à 13h38, annonce Sophie, triomphante.

Je lance un regard circonspect au groupe de techniciens qui discute et qui rie bruyamment.

— Vous êtes sûre qu’il n’y a une petite place tout de suite ?

— Je suis désolé, le planning est rempli.

— Laissez tomber, je prendrai rendez-vous plus tard pour le MacBook Pro.

— N’hésitez pas à télécharger notre application et de vous y prendre au moins vingt-quatre heures à l’avance.

— Oui, je connais. Mais en attendant, vous pouvez peut-être regarder pour l’iphone ?

— Venez avec moi, J.

Le technicien tend un bras magnanime. Il s’installe à une autre station de travail, je translate deux chaises de bar plus loin. Il pianote sur un bloc qui ressemble à un gros iphone, probablement un appareil de diagnostic.

— Je m’appelle Mathieu.

— Enchanté. Vous faites quoi ?

— Je note les références de votre appareil. Je peux avoir un prénom ?

— Vous l’avez noté il y a une minute, et vous m’avez appelé par celui-ci à l’instant.

— C’est pour l’inscription en base de données.

— Je sais, mais je l’ai déjà donné deux fois.

— Il me le faut quand même.

Je lui redonne une nouvelle fois les informations.

— Quel est votre problème, J. ?

— Le bouton du mode silencieux ne fonctionne plus qu’une fois sur deux.

Il manipule le téléphone du bout des doigts, comme s’il était brûlant, pas plus de cinq secondes, et le repose sur le bar.

— Je vois…

— Vous savez quoi faire ?

— Oui, on va trouver.

Il fronce les sourcils en lisant son écran.

— Vous êtes hors garantie.interieur-iphone.jpg

— Je sais, c’est pour cette raison je suis venu vous voir. Afin d’obtenir un devis pour le faire réparer.

— Je peux vous faire une proposition. Le même iphone, 3GS 16 Go, à 149 euros TTC. On vous applique une réduction de 20%. Mais, je vous préviens, J, ce n’est pas le genre d’offre que l’on fait à n’importe quel client.

Ben voyons…

— Je ne veux pas acheter de nouvel iphone.

Il acquiesce, sans comprendre.

— Je viens pour diagnostiquer le problème sur celui-ci. S’il est possible de réparer. C’est juste un faux-contact.

— Vous savez, c’est très complexe à l’intérieur. Je ne suis pas sûr qu’on puisse réparer.

— Vous avez à peine regardé. Vous ne pouvez pas l’ouvrir ? Me faire un devis de réparation ?

— C’est de la haute technologie. Il y a un tas de composants et tout. C’est très compliqué.

— C’est une blague ?

— Jamais nous n’oserions nous moquer de nos clients chez Apple, J.

— Votre proposition n’est pas intéressante. À ce prix, je préfère passer par mon opérateur pour un iphone 4S moins cher

— Justement, c’est là ma seconde proposition, J. Vous êtes chez quel opérateur ?

— Quel est le rapport ?

— Pour vous faire la meilleure offre possible.

Tu peux te brosser pour le savoir. Chez SFR.

— À quel prix peut-il vous faire ce nouvel équipement ?  

— Je n’en sais rien. À voir en fonction de mes points fidélité. Cinquante, peut-être cent euros.

— Alors, venez avec moi. Nous allons regarder ensemble, ça ne prendra que quelques minutes et vous repartirez avec un nouvel iphone tout neuf.

Une alarme résonne dans ma tête.

— Non, laissez tomber. Je ne vais pas me réengager 24 mois juste parce que ma touche du silencieux ne marche pas. Et puis, de toute manière, avec l’arrivée de Free, je compte probablement passer à la concurrence.

Il me fixe intensément.

— Vous savez, J. que Free ne subventionnera certainement pas votre nouvel iphone.

Qu’est-ce que ça peut vous fou… J’en suis bien conscient, mais si j’économise plus de trente-cinq euros par mois sur le forfait, je peux me permettre de m’acheter un nouvel iphone tous les ans. Et c’est encore plus rentable si je passe sur un téléphone de vos concurrents.

— Je ne suis pas sûr que cela vous satisfasse vraiment. Faites le calcul, vous verrez que vous avez tort.

— Il n’y a pas une autre option ? Celle ou vous n’essayez pas de me refourguer un appareil neuf et de me faire la morale ? Et ou vous faites votre travail et réparez l’ancien ?

— Vous savez, c’est très compliqué, il y a un tas de composants et on ne peut pas ouvrir.

Il me fixe intensément.

— Merci beaucoup pour votre implication, je dois y aller.

Il me tend la main.

— Au plaisir de vous revoir à l’Apple Store de Lyon, J.

— C’est ça.

Je m’échappe et je m’enfuis dans les couloirs surchauffés de la Part-Dieu. Avant que l’Apple Store ne s’implante ici, il y avait une pizzeria. Et pas mauvaise.

 

Je me demande si l’humanité n’a pas perdu au change…

 

 

pizza-3.jpg

Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 11:47
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« Je me suis inscrite sur eDarling parce que je recherche un homme fidèle, joueur et affectueux. ».

Lorsque Sophie découvrit à la terrasse du café son rendez-vous, un bel épagneul breton qui tenait un bouquet de roses dans la gueule, elle comprit immédiatement qu’elle devait revoir ses critères d’exigence.

 

 

Mardi 6 décembre 2011 2 06 /12 /Déc /2011 20:13
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