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L’air du médecin était grave. Henri se tourna vers sa femme.
— Non ! Ne le crois pas ! J’ai vu un sourire narquois sur son visage ! Il a envie de le faire !
Le médecin soupira.
— Croyez-moi, Monsieur, que je serais le premier à vouloir vous éviter ce traitement pénible. Mais votre grippe risque de s’aggraver et…
Tout en parlant, il défaisait les boutons de son pantalon. Henri se leva brusquement. Deux infirmiers l’agrippèrent par les bras et le plaquèrent sur le lit.
— Arrêtez ! Je me sens déjà mieux ! Sophie, fais quelque-chose !
Mais Sophie se mura dans le silence. Le docteur joua avec l’élastique de son caleçon.
— Les membres de la famille doivent sortir, mais ça ne me dérange que vous regardiez... médicalement, cela va s’en dire.
Sophie acquiesça et alla tenir la main de son mari.
— NOOOON ! Au secours !
L’haleine chaude du médecin commençait à parcourir le dos d’Henri. Il ferma les yeux, il ne pouvait supporter cela.
Dans un monde idéal...
John ouvrit brusquement les yeux. Son corps était trempé de sueur. Elle était encore venue lui parler au milieu de la nuit.
Depuis trois mois qu’il avait emménagé ici avec sa famille, elle ne l’avait jamais laissé tranquille.
Toute cette souffrance...
Il devait la libérer, pour qu’elle trouve enfin le repos. Il devait rétablir la vérité.
À moitié endormi, il s’extirpa de son lit, descendit les escaliers et sortit. Il saisit la pelle du jardin et s’approcha d’un buisson. Il sentait que c’était là.
Il creusa. Toute la nuit. Avec frénésie. Sans fatiguer. Ce n’est qu’au levé du jour qu’il toucha le coffre en bois, aux dimensions d’une enfant.
Il fit sauter la serrure puis, lentement, ouvrit le couvercle.
Vide.
Seule une inscription était gravée dans le couvercle.
« Ha ha ! Je t’ai bien eu ! ».
Un esprit joueur...
Merde.
Dans un monde idéal...
—
Dépêche-toi ! Il faut que je fasse caca !
Marc, qui finissait de tondre la pelouse, jeta un regard noir à une Sophie se tortillant au milieu de l’herbe.
— T’es chiante ! T’as qu’à faire comme en ville ! Tu prends ton sachet, tu vises, et tu balances à la poubelle !
— Je suis une fille de la campagne ! J’y arrive pas ! Je préfère faire dans le jardin et ramasser après !
— Putain ! Merde ! C’est comme ça à chaque fois !
Marc stoppa la tondeuse et se plaça un peu plus loin.
— Ne me regarde pas !
Il leva les yeux au ciel, fit encore deux pas en arrière et se retourna.
— Et on s’active !
Il souffla. Il faudra qu’il vérifie qu’elle ramasse bien tout. La dernière fois, elle ne l’avait pas fait, et la tondeuse s’était chargée de disperser le reste…
Dans un monde idéal.
La file d’attente s’étirait le long du bâtiment gris, sous une pluie battante. Les chiens des gardes aboyaient frénétiquement. Les trains cadencés déversaient toutes les 17 minutes de nouveaux paquets de gens effrayés. Un jeune soldat descendit d’une locomotive et s’approcha d’un gradé, posté nonchalamment sur un muret.
— Aspirant Zolta. Je viens prendre mes fonctions.
Le lieutenant cracha à terre.
— C’est toi le bleu ? Tu es au courant de ce qu’on fait ?
Le jeune homme pointa les cheminées.
— Nous sauvegardons la liberté de la chienlit xénophobe, homophobe, nazie ou anti-capitaliste.
— Encore un idéaliste…
— C’est pour cela que j’ai demandé à être affecté ici.
— Bon, attrape ton barda et suis moi. Les bleus sont toujours assignés aux fours crématoires, c’est la règle.
— Je serais ravi d’assommer ces intolérants pour les balancer au feu !
— Fais attention, gamin. On prend vite goût à défendre la liberté.
Dans un monde idéal...