Qu’est-ce que tu fous ? C’est à cette heure que tu
rentres ? J’ai faim bordel ! Et je suis fatiguée !
— Coucou le chat ! T’es mignonne, tu viens me dire bonjour !
Beurk, et tu pues en plus ! Donne ta main que je te marque avec mon odeur.
— Hi, hi, c’est rigolo quand tu te frottes à moi. Tu as passé une bonne journée ? Moi, je suis crevé... Mon boss m’a encore harcelé pour le dossier Rubillad.
Je comprends rien à ce que tu dis ! Je suis restée toute seule ! Et il a fait trop chaud ! Et tu as oublié d’ouvrir la porte de la terrasse ! T’es nul ! Tu sers à rien !
— Toi au moins tu ne me juges pas comme tous ces idiots. Tu te contentes de croquettes, d’un oreiller, et d’un câlinou de temps en temps.
Je te hais ! Je vais te bouffer !
— Ah, tu me croques. Tu veux jouer, en fait ?
Non, arrête avec cette cordelette ! Je la déteste ! Je vais l’attraper et la découper en rondelles ! Comme toi un de ces jours !
Dans un monde idéal...
Le marteau s’écrasa sur le pupitre en chêne.
— Bien, lança solennellement le juge. Aujourd’hui, nous examinons la plainte de M. Rubillad à l’encontre M. Zolka. Coups et blessures.
— Oui, votre honneur. M. Zolka a violemment frappé au visage mon client alors que celui-ci lui demandait de le suppléer dans sa tâche de gestion de dossiers.
— Hmm… L’avocat de l’accusé a-t-il quelque chose à déclarer ?
L’intéressé se dressa d’un bond.
— Oui ! Et je me dois de révéler un élément essentiel à la cours ! M. Rubillad porte des chemisettes roses et des talonnettes ! Il plaque des mèches de cheveux sur son crâne dégarni, et écoute du Didier Barbelivien !
Un murmure courroucé parcourut l’assemblée.
— Que sous-entendez-vous ? sourcilla le juge. Que le plaignant, ici présent, serait un… con ?
L’avocat confirma d’un mouvement de tête.
L’assemblée explosa. Le marteau frappa une nouvelle fois le pupitre.
— Silence ! L’affaire est classée. L’accusé est relaxé. Justice est rendue.
Dans un monde idéal...
— Je bloque l’accès
à 5h45 ! Tu as intérêt à être là !
Antoine fit un signe positif à Joanne à travers les vitres blindées, puis ajusta son masque.
Il sortit péniblement du bunker. Le soleil venait de disparaître. Le seul moment de la journée où il pouvait profiter d’un peu de lumière naturelle sans craindre pour sa vie. L’épaisse poussière jaune qui baignait l’atmosphère se colla immédiatement à ses filtres. Cette saloperie d’oxyde sulfureux n’arrêtait pas de tomber des hautes couches de l’atmosphère depuis dix ans, et il polluait décidément tout.
Antoine promena son regard sur les restes de la ville, qui avaient séché sous les U.V. toute la journée.
Il sourit. Dire qu’à l’époque, cela semblait une bonne idée de lutter contre le réchauffement climatique, de diffuser cet oxyde. Pour réfléchir les rayons du soleil. Refroidir la planète. Et sauver l’humanité. Une très bonne idée, pensa-t-il en écrasant un crâne blanchi.
Dans un monde idéal...
31 Octobre 1986, 23h58, Iowa
— Je sais pas ! abandonna Lydie en jetant la carte.
Jack se mordit la lèvre inférieure. Trois heures qu’ils serpentaient sur cette route au milieu de nulle part. Soudain, les phares capturèrent une silhouette sur la chaussée. Une petite fille. Seule. Dans une robe blanche élimée.
— Mais qu’est-ce que…
Jack ralentit et s’arrêta. L’enfant s’approcha. Ses longs cheveux bruns étaient plaqués devant son visage. Jack fixa Lydie, angoissé. Celle-ci lui désigna des yeux l’article qu’elle avait lu auparavant, sur la légende locale « le fantôme de la petite fille égorgeuse ».
— Je suis perdue, répondit-elle d’une voix sourde. Vous m’emmenez ?
— Que fais-tu ici ? Où sont tes parents ?
— Je suis perdue. Vous m’emmenez ?
Elle appuya sa main sur la poignée de la porte. Jack bondit de son siège.
— Tu ne nous auras pas ! hurla-t-il en tendant les bras.
Depuis, la légende du couple d’automobilistes étrangleur d'enfants terrifie les personnes égarées sur le bord de la route.
Dans un monde idéal…
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