Une nouvelle conçue d'après le livre de B. Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre raconte l'histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d'un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, cette nouvelle raconte l'histoire de ceux qui sont restés...
An 0
Soudain, ses paupières s’ouvrirent.
Ses pupilles se contractèrent, sa vision se clarifia. Un soufflement rauque s’échappa de sa poitrine. La vie revenait à lui.
Marc leva la tête, son front buta contre la paroi métallique. Ses poumons étaient en feu, son visage couvert d’une poussière grasse, ses yeux piquants. Il était couché, ses membres engourdis mettaient un temps incroyablement long à répondre. Une odeur âcre, mêlant métal oxydé, carburant consumé et chair brûlée lui remontait dans le nez et dans la bouche.
Il poussa sur ses mains. La plaque de tôle qui le couvrait glissa sur le côté. Il roula pour s’extraire de son cercueil de débris. Sa respiration était saccadée. Il serra les dents, mit un genou à terre, puis se leva.
Tout n’était que chaos autour de lui. Les installations avaient été soufflées, les véhicules de la gendarmerie et de l’armée pulvérisés, les hommes vaporisés. Seuls quelques débris voletaient ici et là, se déposant au gré du vent. Une terre stérile condamnée par la puissance des réacteurs de la fusée.
Il épousseta sa chemise bleue, elle tomba en miette. Ses galons n’avaient pas résisté non plus. Sa peau était calcinée par endroits, mais il n’éprouvait aucune douleur. Du moins, pour le moment. Il fit un pas en avant, et failli s’affaisser. Sa jambe gauche ne le soutenait plus. Il grimaça de dégoût quand il découvrit sa cuisse noire et rabougrie. Cela ne présageait rien de bon...
Il était en vie, c’était l’essentiel.
Lors de la mise à feu, une plaque de tôle de la rampe avait été arrachée et l’avait percuté de plein fouet. Une souffrance électrique avait envahi sa colonne vertébrale, une souffrance si viscérale qu’il avait cru mourir. Ça lui avait sauvé la vie, au contraire.
Un vent léger se leva. Les sirènes des véhicules épargnés vibraient dans l’air. Elles se rapprochaient du point d’extraction, pour venir en aide aux éventuels survivants.
Marc leva les bras pour attirer leur attention. Quand il vit la colonne virer vers lui, il ne put s’empêcher d’admirer les dernières volutes de fumée qui disparaissaient dans la haute stratosphère. Le décollage avait bien eu lieu, le papillon des étoiles et ses 44 000 passagers avaient disparu, ce projet fou venait de se réaliser.
Un camion rouge stoppa devant Marc, deux pompiers en uniformes en descendirent.
— Colonel Rafal ! Vous êtes vivants !
Marc tourna vers eux des yeux hagards.
— Ils sont partis…
— Venez avec nous !
Un des sauveteurs lui agrippa le bras. Il retira vivement sa main quand un lambeau de peau se détacha.
— J’ai échoué, ils ont quitté cette planète.
— Il est sous le choc !
— Ce n’est plus votre problème, colonel.
Ils l’escortèrent doucement jusqu’au véhicule. Marc leva une dernière fois son visage vers le ciel. Une pluie fine de carburant consumé tombait sur ses épaules. Il l’effleura du bout des doigts. C’était étrangement froid. On l’allongea sur une civière, la portière claqua.
— Merde, sa jambe, t’as vu ?
Des aiguilles s’enfoncèrent dans sa peau, un gel gras fut étalé sur son corps. Marc sentit son esprit s’égarer.
— Ils nous ont laissé seul. Ils sont partis… répéta-t-il, comme un regret.
A suivre...
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