La cinquième nouvelle d'un cycle conçu d'après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre raconte l'histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d'un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte l'histoire de ceux qui sont restés... (partie 1 ici, partie 2 ici, partie 3 ici, et partie 4 ici)

 

 

An 50

 

4537230526_5a6fa76168.jpgLa place du marché était toujours autant fréquentée, malgré les températures polaires qui s’étaient abattues depuis mercredi. Avec des pointes à moins quarante-trois degrés, le froid si mordant, qui avait surpris, paralysé et tué les premières années, ne devenait qu’une contrainte supplémentaire à un quotidien difficile. L'isolation thermique était devenue vitale, les greniers à bois étaient plus garnis, les capteurs solaires mieux entretenus, les éoliennes optimisées.

La petite fille, emmitouflée dans un épais manteau de laine, stoppa soudain en plein milieu de la rue, et désigna une flèche lumineuse dans le ciel lointain.

Papa ! Papa ! C’est quoi ?

Antoine leva la tête.

C’est une fusée.

Tu m’avais dit que ça n'existait plus !

Oui, je le pensais aussi.

Il tira légèrement sur le bras de la petite pour la faire avancer. Mais Anna n’arrivait pas à défaire son regard du point qui s’échappait de l’atmosphère. Il attrapa un mouchoir dans la poche de sa polaire et nettoya le liquide clair qui coulait de son nez. Puis il réajusta ses lunettes de protection et son écharpe.

Mouche-toi, ça va geler. Et puis, les fusées, il y en aura toujours un peu.

Évidemment, lança une jolie jeune femme qui tendait un ensemble de légumes à un vieil homme. Il y aura toujours ceux qui préfèrent tenter leur chance ailleurs. Surtout quand l'hiver devient un enfer.

Bonjour Sophie, répondit joyeusement Antoine, en jetant un oeil à l'étal. Des poireaux ?

Non, demain, dit-elle en reniflant.

Je ne sais pas comment tu fais pour tenir toute l'après-midi.

On s'habitue. Et puis, un brasero, une triple épaisseur de doudoune, une tisane à la camomille toute les heures. Bain chaud en rentrant, friction et massage par son petit-ami.

Je ne veux pas en savoir plus.

Elle sourit.

Et toi, alors. Le représentant de l'institut de climatologie a-t-il de bonnes nouvelles à nous annoncer ?

Les catastrophes habituelles. Et c'est officiel, l'Amérique du Nord est déclarée zone morte. Sous la banquise.

Heureusement que vous êtes là pour nous le dire...

Tu voulais avoir des nouvelles, tu en as. Sinon, d'après nos simulations, le pire est encore à venir, pour au moins cinq ans. Les courants océaniques ralentissent, ils reviendront progressivement à la normale dans une trentaine d'années.

Je préférais finalement quand tu ne disais rien... Bon, au moins, quand il fait froid, il n'y a pas de tornades. Mais il va falloir racheter une quatrième couche de vêtements.

Antoine se mit à rire. Une buée blanchâtre s’échappa de sa bouche avant de se cristalliser et de tomber au sol. Il la remercia puis poursuivit sa route. Il salua quelques commerçants, acheta un morceau de bœuf en réfléchissant à la quantité de viande que la famille avait consommé cette semaine. À priori, il restait en dessous du quota de l’ONU. Il vérifia son panier, il avait tout. Il ne fallait pas traîner, les aliments allaient geler.

Ça te dirait des pommes ? demanda-t-il à Anna.

La petite fille, qui errait à côté, comme pour marquer son indépendance, agrippa la manche de son père.

Pourquoi y a encore des gens qui s’en vont ?

Certains n’aiment pas notre vie. Ils trouvent que c'est dur par rapport à avant. Que le prix à payer est trop lourd. Ils pensent que ce sera mieux ailleurs. Et ils ne supportent pas qu’on leur interdise d’utiliser les voitures ou les téléphones portables, de ne plus faire autant d’enfants qu’ils le désirent, de ne plus devenir très riches.

Le papa de Pierre a dit qu’on n’était plus libres…

Le papa de Pierre se trompe. Il pense que la liberté, c’est de faire ce qu’il veut quand il veut. Alors que non, elle implique une responsabilité qui est d’autant plus importante que la liberté l’est. Cela va ensemble.

Antoine attrapa une pomme sur un étal et la tendit à Anna. http://nsm02.casimages.com/img/2009/08/17//090817120428270644265197.jpg

Tu vois, en ce moment c’est la saison des pommes. On en mange beaucoup parce que c’est bon. Quand ce ne sera plus la saison, il n’y en aura plus. Avant il y en avait toute l'année, parce qu’on les faisait pousser dans des endroits chauffés, où parce qu’on les faisait venir de loin. Maintenant c’est fini. On produit localement ce dont nous avons besoin.

Mais Maman, elle me dit que les bananes ça vient d’Afrique.

Oui, et elles sont très très chères. Il ne faut pas en consommer trop sous nos latitudes, et il faut aussi que les agriculteurs qui les cultivent là-bas gagnent suffisamment d’argent pour nourrir leur famille tout en respectant la terre.

Moi j’aime bien les bananes…

Antoine tendit la pomme au commerçant en lui en demandant une dizaine d’autres.

Tu t’en lasserais au bout d’un moment. L’abondance ne crée pas la satisfaction, au contraire.

J’comprends rien.

Ne t’inquiète pas. La seule question que tu dois te poser, c’est : quelles sont les conséquences de tes gestes ? Plus l’impact est important, plus tu dois limiter la portée de ton action. Et si tu ne peux pas faire autrement, tu dois en compenser les effets. C’est ça, ce qu’on appelle… ?

Je sais ! Mme Pignon nous en parle tout le temps ! La responbilté !

Il se releva en riant.

Bien, c’est presque ça. Plus les gens sont responsables, plus ils sont heureux.

Il embrassa sa petite fille sur la joue.

 

 

A suivre...

Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 09:26
- Publié dans : Werber : Papillon des étoiles
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Commentaires

Bon après, c'est leur choix, hein ! S'ils préfèrent bouffer de la soupe de poireau tout l'hiver sur une banquise glaciale en revenant à moitié à l'état sauvage, au lieu de partir à la recherche d'une planète Bahamas II, ils font comme ils veulent :-)
Commentaire n°1 posté par J. Heska le 17/05/2010 à 09h37
Ils arrivent à avoir des clémentines à -43°C!
C'est quoi la technique, parce que ça m'intéresse (comme ça j'en fait pousser en hiver et je les vends moitié moins chères que celles importées ;) )
Commentaire n°2 posté par dkjoe le 17/05/2010 à 09h48
Mais qui te parle de Clémentines, Dkjoe ? Il s'agit de pommes dans la nouvelle ;-)
Tu as raison, j'ai changé. C'est vrai que j'associe les clémentines à l'hiver... Mais bon, d'un autre côté, faire pousser des pommes à -43°, ça doit être chaud aussi (enfin froid) ;-)
Commentaire n°3 posté par J. Heska le 17/05/2010 à 09h56
Petit salopiaud, tu as changé de fruit pendant que j'avais le dos tourné.
Commentaire n°4 posté par dkjoe le 17/05/2010 à 10h09
Hin hin hin (rire machiavélique)

;-)
Commentaire n°5 posté par J. Heska le 17/05/2010 à 10h16
Mdr


On dirait que les humains acquièrent un peu de responsabilité... pas trop tot !
Commentaire n°6 posté par Emmanuel Bouillon le 17/05/2010 à 12h51
Et encore, tu n'as pas vu le retournement final, où les extra-terrestres découpeurs de têtes débarquent et massacrent les derniers terriens. Avec la magnifique morale de l'histoire : le sens des responsabilités, ça sert à rien face à des extra-terrestres découpeurs de têtes... ;-)
Commentaire n°7 posté par J. Heska le 17/05/2010 à 13h02
Ahahah !!

T'es nul, ta spoilé la fin !! ^^
Commentaire n°8 posté par Emmanuel Bouillon le 17/05/2010 à 13h03

Oups... Bon OK, je change tout. A la place d'extra-terrestres découpeurs de têtes, je mets des mutants maléfiques mangeurs d'organes :-)

Réponse de J. Heska le 17/05/2010 à 13h13
Ah la fin de fou ! xD

Pauvres petits humains... Etre obligé d'être responsable... Brrrr
Commentaire n°9 posté par lili le 17/05/2010 à 13h08

Et tu n'as pas encore lu la fin de demain :-)

Réponse de J. Heska le 17/05/2010 à 13h13
irk, ça devient rude, du -43° ! Pire que dans l'oural ! ? aaaaaaaaaa. Retour a la ferme du 19e en +, oh lala, pauvres humains (qui aprés nous vivez lalalaaa ;)
Hop hop, jvais lire la fin ! :)
Commentaire n°10 posté par LiliOum le 19/05/2010 à 01h23

Ah, mais ma petite dame, c'était beaucoup mieux avant, on savait vivre avec des choses simples. Alors qu'aujourd'hui avec ces avions et ces iphone et ces télés on es pas plu heure... enfi, si, quand même, on est plus heureux :-) 

Réponse de J. Heska le 19/05/2010 à 17h03

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