Une nuit agréable et fraîche. Des étoiles dévoilant leurs éclats lointains dans le ciel nocturne débarrassé des éclairages publics trop lumineux. Des rues qui respirent l’immuabilité, sans
leurs affichages publicitaires, leurs tags, avec leurs façades bien entretenues et leurs parterres de verdures. Des pensées. Un retour dans la chaleur du foyer.
Lorsqu’il rentra de sa promenade digestive, grignotant la fin du cornet de glace qu’il savourait toujours sur les quais, Benoît eut la surprise de trouver son épouse en train d’explorer les placards de la salle-de-bain.
— Tu rentres tôt, pour une fois, lâcha-t-il en allant laver ses doigts collants de coulis de framboise.
— Je viens chercher de quoi me changer, dit-elle sans même un regard en ouvrant le tiroir de la commode dans la chambre. L’opération « guet-apens ». Je vais travailler toute la nuit. Avec de la chance, nous pourrons enfin avoir des réponses à nos…
— Je te quitte, Joanne.
Elle leva les yeux de son sac et fixa enfin son mari, adossé à l’encadrement de la porte.
— Quoi ?
— Dès demain. Je pars m’installer dans les nouvelles tours du centre-ville.
Joanne sentit sa cage thoracique se resserrer contre ses poumons. Elle ravala un sanglot, puis presque immédiatement, sentit un feu intérieur dévorer son esprit. Elle attrapa tranquillement un tailleur.
— Et pourquoi, je te prie ? lâcha-t-elle d’un ton glacial qui dissimulait mal ses émotions.
— Nous n’avons plus rien en commun. Tu es… obsédée par ta quête vouée à l’échec.
— Au moins je tente quelque-chose, plutôt que de me résigner à la dictature. J’ai trouvé un sens à ma vie, tandis que toi tu fais du gras dans le canapé.
Benoît serra les poings, et dans un accès de rage, balaya le dessus de la commode avec le bras et envoya valser tous les bibelots à terre.
— Merde ! C’est moi qui ai trouvé un sens à ma vie, comme tous les terriens depuis que le redresseur est là. Tu n’es bonne qu’à détruire ce qui nous arrive. Tu tues la poule aux œufs d’or pour voir ce qu’il y a l’intérieur !
— Ne me parle pas comme ça ! Il n’y a plus de liberté, notre justice est ravagée à cause de…
— L’humanité s’est toujours battue pour cela, pour la vraie justice. Nous l’avons !
— Non, la vraie justice est celle que nous choisissons, pas celle imposée d’un idiot en collant.
— Et pourquoi tout allait si mal à l’époque ? Parce que nous n’arrivions à rien, nous étions livrés à nous-même ! Tu devrais être de notre côté ! Tu étais flic, toi aussi !
— Écoute tes paroles, bon sang ! cracha Joanne. Tu as parfaitement assimilé l’endoctrinement de cette idéologie nazie. Heureusement que la résistance s’organise autour de Seconde Chance et que nous luttons pour…
— Lucas s’est fait tuer il y a vingt-cinq ans. Il serait en vie, aujourd’hui, si le redresseur était arrivé plus tôt !
Elle arma son bras et lui envoya un coup de poing en pleine figure. Benoît chancela et alla percuter une armoire, avant de s’écrouler au sol.
— Ne parle plus jamais de notre fils, dit-elle en s’agenouillant devant lui et en plantant ses yeux dans les siens.
Benoît renifla. Du sang coulait de ses narines douloureuses.
— Je ne te reconnais plus, dit-il en s’essuyant du revers de la manche. Tu es folle... Ta quête est désespérée, illusoire, et demain tu vas faire sauter une rame de métro rien que pour prouver ta bêtise.
Elle vacilla un instant, étonnée.
— Oui, je sais ce que tu comptes faire… reprit-il, avec défiance. Tu as galvaudé l’esprit initial de l’opération. Si Dougman dirigeait encore Seconde chance, et pas ce crétin de comploteur arriviste de Rob Schneider, jamais cela n’aurait été…
— Espèce de salaud, tu as fouillé dans mes papiers. Tu n’es même plus digne du peu de confiance que je t’abandonnais.
— Je n’ai pas eu à fouiller. Seulement à me pencher, siffla-t-il en sortant de la poche de son jean la feuille qu’elle avait laissé échapper le matin même.
Il jeta la boule chiffonnée à ces pieds. Joanne la déplia et l’étudia un instant en se mordant la lèvre inférieure. Elle avait commis une énorme erreur. Tous les détails de l’opération à venir en quelques paragraphes : l’attentat dans le métro pour attirer le redresseur, les équipes d’intervention, le fusil magnétique à projectiles à hautes vélocités, une arme développée spécifiquement pour capturer le super-héros.
— Ça ne change rien.
— Comment ai-je pu tomber amoureux de toi ?
— Tu n’as qu’à aller voir Cora, elle qui est si parfaite.
— Il n’y a jamais rien eu entre elle et moi.
Il se releva difficilement et épongea sa blessure avec un mouchoir. Il quitta la pièce quelques secondes pour réapparaître, son portable à la main.
— Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda Joanne qui faisait coulisser la fermeture éclair de son sac.
— J’appelle ce qu’il nous reste des services d’urgence, les vrais, pas ton organisation de merde. Je vais tout leur dire.
— Rob avait raison, dit-elle en fouillant nerveusement dans le sac en papier qu’il lui avait donné. Tu ne comprends rien.
Il s’arrêta de pianoter sur le clavier et baissa son regard vers l’objet qu’elle tenait dans la main.
— Qu’est-ce que tu fais ? dit-il calmement. C’est une idée de Rob, ça aussi ?
— Pose ton smartphone.
Le pistolet avec silencieux était pointé droit sur son thorax.
— Non, je les appelle, se résigna-t-il. Il va falloir que tu me tues. De toute manière, le Redresseur sera là avant même que…
Un hoquet nerveux l’assaillit soudain. Son téléphone rebondit sur le parquet et se mêla aux morceaux de porcelaine et de cristal qui jonchaient le sol. Il mit sa main sur son estomac où un liquide épais, rouge, s’écoulait lentement.
— Et là, tu crois encore que tu vas être sauvé par ton demi-Dieu ? cracha-t-elle, les yeux révulsés.
Benoît s’affala au sol, sans un mot. Elle regarda nerveusement autour d’elle. Le Redresseur n’était pas intervenu, et ne comptait visiblement pas le faire. Rob devait avoir raison, une marge de manœuvre devait exister.
Elle remit l’arme dans le sac, mit la lanière de son sac sur son épaule, et enjamba le corps agonisant de son mari pour se diriger vers la sortie, les joues trempées de larmes.
Je vois bien le redresseur dire à Joanne: je suis ton fils!! hihi.
Vive les étés pourris !( c'était pour rire )
A très bientôt .
En tout cas moi je guette la suite ;)
@ Rei : J'aurais dû faire un peu plus dans la subtilité pour ce pt Godwin, j'avoue ;-)