Quatre respirations à peine perceptibles au fond du tunnel où de gros ventilateurs hurlent à plein régime. Quatre silhouettes se déployant dans la galerie de maintenance aux
relents de moisissures. Des rats pris en flagrants délits dans le faisceau des lampes torches, se figeant avant de détaler. Une main se portant à l’oreillette.
— Alpha, ici Bêta. Nous avons rejoint notre position.
Un instant de silence, puis un grésillement.
— Bêta, ici Alpha. Compris. On coupe le jus dans vingt secondes. La rame sera sur vous dans moins d’une minute.
— Reçu. Terminé.
— Terminé.
Bêta 1 fit glisser dans la paume de sa main la fibre optique qu’il guida le long de la paroi, et qu’il fit affleurer à la surface d’une grille au plafond, vers l’imposant boyau strié par les rails du métro. Sur l’écran embarqué relié à la fibre, une vue parfaite des voies s’offrait à lui. Les lumières d’une station noire de monde, brillaient au loin, comme un phare dans la nuit.
— Colonel. Permission de parler ?
Bêta 1 souffla dans l’air frais, puis se résigna. Son subordonné ne respectait pas le protocole, mais qui pouvait encore l’évoquer depuis le démantèlent des services spéciaux, dix ans auparavant ?
— Allez-y, Lieutenant.
— Si le Redresseur ne se pointe pas comme prévu pour désamorcer la bombe ? Si nous tuons ces personnes ? Ou s’Il nous redresse ?
Il n’aurait jamais toléré avant qu’on puisse remettre en cause la mission.
— Nous agirons en professionnels. Vous avez votre fusil magnétique et vous savez vous en servir. Pour les civils, ce sont les ordres. Vous n’avez pas à penser. Faites comme avant.
— Colonel, insista le subordonné. Ça fait un bail que nous ne sommes plus intervenus sur le terrain, vous pensez que nous serons de taille à lutter contre le Redresseur ?
— Lieutenant, si vous tenez de tels discours, vous êtes déjà morts. Vous pensez trop. C’est notre mission, le cerbère de Rob Schneider nous l’a ordonnée. Point barre.
— Je suis sûr que cette vieille peau doit être planquée à la station à nous surveiller.
Soudain, les lumières blafardes du tunnel de métro s’éteignirent complètement sur l’écran relié à la fibre optique. Des crissements métalliques se firent entendre au dessus d’eux, des vibrations secouèrent le béton humide.
— Le métro est en train de freiner. Tenez-vous prêts !
Les deux autres soldats tapis dans l’ombre, qui n’avaient pas prononcé un mot mais qui n’avaient pas perdu une miette de la conversation, manipulèrent les armes imposantes qu’ils tenaient entre les mains. Le fusil magnétique à projectiles à hautes vélocités, ou PHV, leur avait expliqué Joanne la veille lors du briefing avec le Général Alex Topovitch. Une merveille de technologie censée mettre hors d’état de nuire la combinaison du Redresseur en grillant tous ses circuits électroniques. Fruit d’une technologie développée des années durant dans ce qu’il restait de laboratoires secrets.
Le métro s’immobilisa complètement au dessus de la grille. La fibre optique se contorsionna et disparut comme un vers effrayé par un oiseau. Le Colonel l’enroula autour de son avant-bras et
la rangea dans son sac, puis il se hissa à l’échelle, et souleva la grille. Le ventre du train s’offrait à lui.
Un bruit étouffé émana des cabines, le chauffeur annonçait une panne électrique normale, et le rétablissement de la circulation dans les prochaines minutes. Le corps de l’officier se tortillait le long des rails électrifiés, pendant que son équipe prenait position aux points stratégiques, lunettes infrarouges pointées dans toutes les directions pour capter une éventuelle intrusion. Bêta 1 arriva en vue de sa cible, le compartiment 3, et fixa un pain de C4 avec détonateur sur l’essieu. Il se figea un instant, croyant percevoir un mouvement dans une galerie annexe, puis lança l’ordre de rabattement. En moins de trente secondes, l’équipe avait retrouvé sa position initiale.
— Alpha, mission accomplie, lança-t-il à la radio. Aucune résistance ennemie.
Les lumières se rétablirent aussitôt, comme par enchantement. Des turbines se réactivèrent un peu partout, le métro repartit au pas vers son destin, dix stations plus loin.
— On ne s’endort pas, reprit immédiatement l’officier. Nous devons rejoindre les autres.
Il prit la tête du convoi et courut pour remonter le tunnel de maintenance. Ils déboucheraient ensuite sur le réseau d’évacuation d’eau fluviale, où un hovercraft les attendrait pour les amener à leur prochaine position.
Soudain, un cri résonna. Le Colonel s’arrêta et se retourna, mais il n’y avait plus personne. Ses hommes avaient tous disparu. Il pointa immédiatement son fusil magnétique et activa sa vision nocturne. Rien. Il appela. Aucune réponse, même étouffée. Sa respiration s’accéléra, son rythme cardiaque bondit. Un sentiment d’angoisse le submergea.
Une forme sombre se détacha dans la noirceur du tunnel. Deux lumières jaunes brillaient. Ses yeux. L’index de Bêta 1 pressa la détente. Les projectiles bleus filèrent en laissant flotter dans l’air des traînées arachnéennes violettes, les impacts électriques se brisèrent sur la combinaison du Redresseur qui venait d’apparaître dans son champ de vision. Celui-ci s’arrêta net. Le Colonel sourit. Son ennemi paraissait sonné. Il s’approcha, prêt à lancer une nouvelle salve.
— Qu’as-tu fait de mon équipe ?
Le Redresseur marmonna quelque-chose, puis reprit sa marche. Le Colonel tira de nouveau, mais, cette fois, l’effet fut nul. Les balles éclatèrent sur le torse de son adversaire comme de vulgaires gouttes d’eau.
Bêta 1 baissa son arme et se résigna. Cela ne servait à rien de lutter.
À suivre…
@ Aurélie : Toutes les questions trouveront leurs réponses... Enfin presque ;-)
Excellente soirée .
Et la réponse à toutes les questions bientôt :-)