photo_metro.jpgDes échos se propageant le long du tunnel. La vibration du métal et du béton. Deux points lumineux au fond du cylindre obscur grossissant peu à peu. Un métro en approche. Une main se crispant sur un journal, le craquement du papier gras sur les doigts.

Joanne, assise sur un banc en retrait de la station, cachée derrière les immenses pages de son journal, dégaina un talkie-walkie et le plaqua contre ses lèvres.

— Alpha, ici Commandement. Le train arrive, tenez-vous prêts.

Une seconde d’attente, interminable.

— Nous le savons Madame, annonça une voix visiblement excédée. Libérez la fréquence.

Joanne leva la tête vers les baies vitrées du plafond, à plus de quinze mètres de haut, qui arrivaient à peine à jeter sur les épaules des passagers une lumière blafarde, heureusement relayée par des néons. Elle expira, ces fenêtres sur l’extérieur diminuaient un peu la sensation d’étouffement qu’elle éprouvait. Sans faire attention à la remarque du Lieutenant, elle pressa de nouveau le commutateur.

— Bêta, êtes-vous sur site ?

Aucune réaction.

— Bêta 1, vous êtes en position ? Dans l’hovercraft ?

Le couinement des rails s’intensifia. La rame allait pénétrer en station.

— Jérémy ?

— Madame ! s’insurgea Alpha 1. Vous risquez de nous faire repérer, et vous nous exposez en utilisant nos vrais noms.

Joanne souffla. Elle se foutait bien de la sécurité. Si l’équipe Bêta n’était pas arrivée sur site, cela ne pouvait signifier que de mauvaises nouvelles.

— Alpha 1, vous vous permettez encore une remarque et vous passerez le reste de votre vie à nettoyer les éprouvettes de prélèvements. Arrivez-vous à communiquer avec Bêta ?

Elle avait parlé un peu trop fort. Les gens qui attendaient sur le quai s’étaient détournés et la fixait avec curiosité. Sans se méfier. La suspicion n’existait plus, dans un monde où les relations étaient réglementées par une puissance supérieure.

— Nous avons perdu le contact avec eux après la réussite de la première partie de la mission.

L’écho s’intensifia. Il était trop tard pour s’inquiéter. Joanne se prépara à activer le chronomètre. Dix secondes après l’ouverture des portes, la bombe devait exploser et faire des centaines de morts. Mais le Redresseur interviendrait, le Redresseur sauverait toutes ces victimes innocentes, et elle serait la première à le capturer grâce au PHV.

Elle appela une dernière fois Bêta, mais n’obtint qu’une suite ininterrompue de parasites. Elle se mordilla la lèvre inférieure. Le serpent de métal apparut à la vitesse de l’éclair et se déroula le long du quai. Il freina brusquement, puis s’immobilisa au fond du quai.

Une pression sur le bouton de sa montre.

Dix secondes. Les portes s’ouvrirent, les premiers passagers pressés s’expulsèrent comme si leurs vies en dépendaient. À raison, pensa-t-elle. Elle guetta les alentours. Pas de traces du Redresseur.

Neuf secondes. Un souffle glacé lui parcourut le dos. La cohue était importante. Il y avait beaucoup de familles. Des parents avec de jeunes enfants.

Huit secondes. Que faisait-Il ? Pourquoi n’était-Il pas là ? Et s’Il n’était pas au courant ?

Sept secondes. Les pointes des fusils magnétiques de l’équipe Alpha émergeaient des grilles de ventilation et fouillaient la station. Le périmètre était bourré d’angles morts à cause de l’absence de Bêta.

Six secondes. Elle repensa à l’explosion de l’usine solaire Vladistok, deux ans auparavant, qui avait tué dix personnes. Le rapport d’analyse avait montré que certains événements passaient à travers les mailles du filet du Redresseur. Qu’Il n’était pas infaillible. Elle hésita.

Cinq secondes. Rob avait raison. Trop raison, même. La marge de manœuvre existait. Elle se leva, lâcha son journal. Il tomba au sol, sous le regard réprobateur d’une personne âgée assise un peu plus loin. Elle pensa à Ben. Elle l’avait sacrifié pour ça. Pour rien.

explosion-metro.jpgQuatre secondes. Le Redresseur n’était pas intervenu hier, il l’avait laissée tuer Benoît… Pourquoi ?

Trois secondes. Il voulait qu’elle croie que son opération avait une chance de réussir. Il avait un dessein. Talkie-walkie fébrilement porté aux lèvres, elle lança l’ordre d’annulation de la mission.

Deux secondes. Aucun retour. Un grésillement. Elle plissa des yeux. Les pointes des fusils magnétiques avaient disparu.

Une seconde. Ses jambes se tendirent, elle se précipita en criant, bousculant le flot de passagers. Elle s’arrêta quand elle aperçut au loin, au fond du quai, deux éclats jaunes qui la fixaient. Le Redresseur.

 

Un éclair jaillit des rails. Un bruit sourd. Une lumière aveuglante.

Une boule de feu prit soudain naissance sous le wagon, l’élevant vers le plafond comme une plume. Le souffle projeta Joanne contre le mur qui vibra. Des hurlements horrifiés résonnèrent partout, le bouillonnement de feu se déchaîna et vint crépiter sur des corps qui se contorsionnaient pour sauver leur vie.

 

 

À suivre…

 

Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 23:06
- Publié dans : Seconde chance
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