Albin accéléra le pas. Il regarda fébrilement son chronomètre vital. Plus que deux minutes. Il serra les dents et téléphona à Joanne.
— Tu es où ? lui demanda-t-elle aussitôt.
— Rue Péri, j'ai garé la voiture. Je n’arriverai pas à te rejoindre avant...
— Je m'en doutais. Je ne suis pas loin. Ne t’inquiète pas.
Le soulagement réussit presque à lui faire oublier sa colère. Tout ça à cause de cette maudite grève. Il n'aurait dû prendre que deux jours pour faire ses adieux à sa famille, et, au lieu de ça, il avait été bloqué la semaine entière. Il n'aurait pas le temps de dire au revoir à l’amour de sa vie. Moins d'une minute. Soudain, il l'aperçut de l'autre côté de la route.
— Joanne, je suis là !
Elle s'arrêta. Il traversa sans prendre garde.
— Attention ! lui cria-t-elle.
Albin se jeta sur le côté, un taxi le frôla et continua, comme si de rien n'était. Son chronomètre sonna. Penaud, il monta sur le trottoir et la prit dans ses bras.
— Tu vas bien ?
— Je... Je ne suis pas sûr. Le chrono est arrivé à zéro. Je... Je devais mourir. J'ai... J'ai survécu... Je...
Il s'effondra soudain au sol.
Rupture d'anévrisme.
Dans un monde idéal...
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