La jeune femme fit glisser son imperméable le long de son dos. La pénombre de l'open-space déserté pour la nuit dévoilait juste ce qu’il fallait de son corps nu. Elle s’allongea sur le
bureau du rédacteur en chef avec un sourire qui invitait à la débauche. Le jeune homme se jeta sur elle et l’embrassa à pleine bouche. Elle retira sa langue.
— Alors, ça fait quoi de bosser ici ? Raconte-moi le quotidien d’un journaliste.
— Oh, tu sais, je ne suis que stagiaire, avoua-t-il, sous le coup de l’excitation.
— Quoi ?
— Oui, dit-il en détachant son soutien-gorge. Je suis d’ouverture demain matin, c’est pour ça qu’ils m’ont filé les clés.
— Tu veux dire que tu n’es rien ?
Il plaqua une main sur ses fesses.
— J’apporte les cafés aux gars qui travaillent sur le dossier satyrique de la semaine, le truc sur Jésus ou Mahomet, j’sais pas.
Sa conquête s’apprêtait à le repousser quand il s’arrêta net. Pour renifler l’air.
— C’est quoi cette odeur ?
Il se leva et ouvrit la porte qui donnait sur la salle de rédaction. Dévorée par des flammes qui montaient jusqu’au plafond.
— Quand je t’ai demandé de balancer ton mégot tout à l'heure, tu ne l'as pas fait dans la corbeille à papier ?
— Ben si, tu voulais que je le mette où ?
Tout en soupirant, il lui remit son manteau sur les épaules. Il se prépara à franchir la fenêtre pour s’enfuir quand son regard se posa la maquette du prochain hebdomadaire. Il revint sur ses pas, farfouilla dans les placards et sortit une bombe de peinture pour taguer un gros « Allah Akbar » sur le mur.
Ils ne se douteront jamais de rien, se dit-il, en s'échappant du bâtiment dévoré par les flammes...
Dans un monde idéal…
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