Le président de la République planta son regard droit sur la caméra, dans les yeux des français suspendus à ses paroles.
— Mes chers compatriotes. C’est avec gravité que je m’adresse à vous ce soir pour le référendum du 18 novembre. Voilà plus de cinq ans que les paniers AMAP sont devenus une obligation de consommation, depuis la loi votée dans le cadre du Grenelle II de l’environnement. Avec le souci de développer une alimentation saine, privilégiant les produits locaux, pour une agriculture durable. Il est temps d’en tirer un premier bilan.
D’un geste lourd de conséquence, il dégaina une feuille au format A4.
— Augmentation drastique des suicides en hiver, problèmes de malnutritions, hausse de la criminalité maraîchère liée aux importation frauduleuses, baisse significative de la productivité à cause des personnes devant quitter leur travail plus tôt pour cuisiner de la courge ou du salsifis. Et surtout, céleri-rave, rutabaga, potirons et potimarron à ne plus savoir qu’en faire.
Il jeta la feuille au sol.
— Quel être sain d’esprit peut-il à notre époque encore accepter d’ingurgiter du navet ?! Dois-je rappeler le suicide récent du ministre de l’Agriculture qui a fait lui-même cette proposition de loi, et qui avait laissé à titre posthume le message : « je préfère crever que de bouffer encore un seul gratin de topinambours ? ».
Il se gratta la gorge et croisa les mains.
— C’est pour cette raison que je vous propose de revenir, en votant « oui » au referendum, à une alimentation OGM, bourrée aux pesticides, à base de produits importés dans toute l’Europe, voire du monde entier. Parce que rien n’est plus beau que le sourire d’un enfant qui déguste des raviolis en boîte à la tomate en hiver, ou la franche camaraderie qui se dégage autour d’une bonne assiette de bananes flambées.
Dans un monde idéal…
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