L'écran géant place Darcy dévoilait les
images du dernier charter en train de décoller, sous leurs yeux émus. Une vague de joie déferla soudain.
— Enfin tranquilles ! souffla de soulagement Antoine en serrant sa compagne dans les bras. Entre nous, entre blancs, entre catholiques, entre français de souche, entre gens convenables.
Finis, les problèmes sociaux, la crise économique, le réchauffement climatique ! Et ces sous-cultures minables que nous n’aurons plus à supporter : les couscous-merguez qui ne faisaient que nous
voler dès qu’on avait le dos tourné, les femmes de ménage portugaise et leurs accents pourris, les niakwé et leurs restaurants à la nourriture avariée, les noirs et leur rap de merde, les
allemands et leurs saucisses bières dégueulasses, les youpins, les ritals, les métèques, les protestants, les roux, les gauchistes et tout le reste. Toutes ces affreuses minorités ne pourront
plus nous faire souffrir !
Ils relâchèrent leurs étreintes, et se retournèrent pour partager ce moment avec leurs voisins.
Ils étaient seuls.
Dans un monde idéal...
Mercredi 22 février 2012
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Le dernier charter décolla, sous les yeux émus de la foule qui s'était regroupée devant l'écran géant place de la Concorde. Une vague de joie déferla soudain.
— Enfin tranquille ! souffla de soulagement Antoine en serrant sa compagne dans les bras. Entre nous, entre blancs, entre catholiques, entre français de souche, entre gens convenables.
Finis, les problèmes sociaux, la crise économique, le réchauffement climatique ! Et ces sous-cultures minables que nous n’aurons plus à subir : les couscous-merguez qui ne faisaient que nous
voler dès qu’on avait le dos tourné, les femmes de ménage portugaise et leurs accents pourris, les niakwé et leurs restaurants à la nourriture avariée, les noirs et leur rap de merde. Toutes ces
affreuses minorités ne pourront plus nous faire souffrir !
Ils se mêlèrent à la foule, embrassèrent leurs compatriotes, célébrèrent l'unité nationale enfin retrouvée, saluèrent la décision courageuse des politiques.
Antoine était en train de serrer dans ses bras une jeune femme quand il s'arrêta net pour renifler l'air. Ça sentait la choucroute.
Enfoirés d'Alsaciens, pensa-t-il immédiatement en serrant les poings devant le stand de nourriture. Non seulement ils osaient cuisiner ici leurs plats infects, mais ils allaient
probablement en profiter pour s’incruster et voler les emplois des braves parisiens de souche…
Dans un monde idéal...
Lundi 20 février 2012
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Jean-Pascal adorait taquiner ses collègues. Hurlements au détour d’un couloir, embuscades dans la rue, larcins divers, il se délectait de ses petites blagues qui, selon lui, déridaient le
quotidien. Au tribunal, il expliqua que les scarifications et le viol de sa supérieure dans le parking était simplement « pour déconner ».
Lundi 13 février 2012
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Lorsque papi Bernard pénétra dans le
bain gluant de cellules souches, il ne s’inquiétait pas outre mesure. Malgré l’apparente inexpérience de l’infirmier, l’absence de généticien certifié et la propreté douteuse des locaux. Ce fut
uniquement lorsque le laser chauffé à blanc vaporisa les marqueurs et qu’une étrange odeur ferreuse envahit l’atmosphère que des sueurs froides parcoururent son dos.
Il gigota dans sa cage pour atteindre le bouton d’arrêt d’urgence. En vain.
Le processus stoppa naturellement au bout d’une quinzaine de minutes. À sa sortie de l’incubateur, il put constater l’ensemble des dégâts. Plus aucun poils sur le corps, une voix aiguë, et un
pénis de la taille d’un spaghetti mi-cuit : le miroir lui renvoyait à présent l’image d’un enfant de huit ans.
Il grimaça, lui qui souhaitait rajeunir à trente-cinq ans afin de conserver une certaine maturité.
Tandis qu’il se passait la main sur le visage, il se dit que c’était la dernière fois qu’il acceptait une offre Groupon à -50% sur un centre de rajeunissement de quartier.
Dans un monde idéal…
Vendredi 10 février 2012
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