Les coulisses de l'édition

 

Toi aussi, tu veux publier ton livre ? Tu cherches reconnaissance, amour, gloire, beauté, argent, cocaïne sur le capot des voitures, et les mêmes vestes que Bernard Pivot ? Mais tu ne sais pas comment faire, tu es un peu perdu sur la dangereuse planète de l’édition, où de vils renards te guettent avec leurs doigts avides (si, si). Ne t’inquiète pas jeune Marty Mc Fly, tel un Doc Brown moins vieux, je saurai te guider sur les routes de ton futur littéraire.

 

 

De : Rocco, Italie 

 

Cher ami,

 

rocco.jpgUn éditeur accepte enfin de publier mes odes et mes ballades sur le romantisme et le féminisme. J’ai même une attachée de presse !

Par contre, c’est une grosse glandeuse qui ne pense qu’à se goinfrer dans les salons parisiens sans rien faire pour moi. Elle n’a même pas fait de dossier de presse.

Dois-je la frapper violemment pour qu’elle s’exécute de cette tâche ? Parce que je l’ai déjà baisée, ça ne marche pas. 

 

Gros bisous,

 

Rocco S. 

 

 

Cher Rocco,

 

Comme je te comprends ! Pour m’être moi-même fait baiser (au sens figuré, par contre) par une bonne centaine d’attachées de presse, je ne peux que compatir à ta peine.

 

Un attaché de presse, c’est quoi ?

 

attachee2.jpgPour ceux qui n’ont pas la chance de fréquenter ces êtres célestes, une attachée de presse (car ce sont plutôt de jeunes et jolies filles chargées de rabattre les gros porcs libidineux par un clignement de cils) est la personne qui met en place une politique de communication autour du roman et de l’auteur, et qui en assure la promotion auprès des journalistes de différents médias. Pour cela, elle utilise divers outils : dossiers de presse, revue de presse, communiqué de presse, conférence de presse, et plein d’autres trucs qui finissent en presse. Elle est aussi pleine de ressources : harcèlement téléphonique (mail et physique) des journalistes, séduction, hystérie, menace, tout ça dans le but d’obtenir après 300 heures de boulot acharné un article assassin de quatre lignes dans le Figaro Littéraire, que personne ne lit. Mais ne nous attardons point sur cette formidable profession, cher Rocco, car j’aurai l’occasion d’aborder le sujet un peu plus tard.

 

Chouette… mais c’est quoi un dossier de presse ?

 

Me demanderas-tu sûrement, un peu agacé par mon aparté. J’y viens, j’y viens, ce n’est pas parce que ton pénis fait quelques centimètres de moins que le mien qu’il faut devenir agressif !

En résumé, un dossier de presse est un document thématique de quelques pages délivrant de l’information sous divers angles à destination des journalistes qui souhaitent parler de ton ouvrage. Il doit être à la fois synthétique pour ceux qui le survoleront, et plus approfondis pour ceux qui le liront et l’archiveront. À ne pas confondre avec la revue de presse, qui est un déballage totalement indécent des articles parus sur ton ouvrage, où avec le communiqué de presse, une brève chargée d’annoncer un « événement » ponctuel.

 

Il ne faut pas non plus hésiter à voir le dossier de presse comme un support qui te permettra de toucher beaucoup plus de cibles, et d’éviter de gaspiller de la salive pour expliquer maladroitement le concept de ton bouquin à des professionnels dubitatifs. Véritable plaquette commerciale, il peut servir à communiquer auprès d’investisseurs, de « personnes-relais » qui peuvent te faire de la publicité (associations culturelles, bibliothécaires, etc.), de diffuseurs, de libraires à l’occasion d’une séance de dédicace, ou même à d’autres éditeurs (si tu es en autoédition ou si ta maison t’a rétrocédé tes droits).

 

 

Ce que tu dois mettre dans un dossier de presse

 

Ton attaché de presse t’a torché un document à la va-vite, une pauvre feuille A4 avec le quatrième de couverture ? Dis-toi que de toute manière, le meilleur ambassadeur de ton livre, c’est toi-même ! Alors retrousse tes manches, hardis compagnon, et réalisons nous-mêmes notre propre dossier de presse qui rendra jaloux les plus grandes stars du cinéma (porno) !   

 

Un dossier de presse doit suivre quatre règles toutes simples : Information, attention, rédaction, émotion, sodomisation.

 

 

Information :

 

Dans cette formidable époque où les journalistes twittent pour trouver de la matière, il est important de leur donner une source exhaustive et fiable d’information. La tienne, en l’occurrence (tant qu’à faire). Ton dossier de presse doit donc s’articuler autour de trois grands thèmes, qui doivent contenir les informations suivantes : 

 

Couverture-Le-Miroir-de-Cassandre-Bernard-Werber.jpg> Le roman : Couverture. Quatrième de couverture. Un petit extrait (une ligne ou deux, bien percutantes). Le synopsis détaillé (normalement avec la fin, car le journaliste qui n’a jamais le temps de rien lire doit pouvoir faire semblant dans les cocktails mondains). Une critique de lecteur (ou celle de ton éditeur, souvent plus percutante ;-) ).

Tu peux agrémenter avec d’autres informations : Quel genre littéraire ? Qui sont tes personnages ? Quelles sont les thématiques abordées ? Où se situe l’action ?

 

> L’auteur : Bio rapide (pas des tartines, ce n’est pas un CV). Tes romans précédents ou tes nouvelles, s’ils ont été publiés ailleurs que sur le journal familial pour mémé Rocco. Ton site Web, tes réseaux sociaux. Qui tu es ? D’où viens-tu ? Quelles sont tes références culturelles ? Quel message souhaites-tu faire passer (s’il y en a un) ? Comment as-tu été édité ? Qui est ton maître à penser ? Quel est ton parcours ? Pourquoi écris-tu ?

 

> Les éléments connexes : Focus sur un point particulier qui te paraît « vendable » (lieu où se situe l’action -pour les journalistes locaux-, psychologie des personnages, noirceur de l’intrigue, etc.), sur des aspects techniques liés au livre : taille, poids, n° ISBN, disponibilité en librairie, et sur les contacts professionnels, mail et téléphone.

 

> L’éditeur (oui, je sais, ça fait quatre mais c’est un point facultatif alors ça ne compte pas) : Ligne éditoriale. Description de la collection dans laquelle s’insère ton ouvrage. Histoire de ta publication (si elle est originale). Sois objectif et évite la lèche (mon merveilleux éditeur c’est le plus sympa du monde et en plus il est cool et il m’a présenté à Frédéric Beigbeder)

 

Il n’y a pas d’architecture type pour organiser ton dossier, mais, personnellement, j’ai un petit faible pour la suivante, qui permet de bien structurer l’information :

Page 1 : sobriété, juste la couverture (avec le nom d’auteur et le titre)

Page 2 : le sujet, le roman, le plus important

Page 3 : l’auteur, et des petites choses connexes (pour ne pas faire trop narcissique)

Page 4 : le petit bazar, infos techniques, présentation de l’éditeur, contacts, etc.

 

 

Attention

 

Construire un dossier de presse, c’est comme s’adresser à un gosse de trois ans turbulent incapable de se concentrer plus de cinq secondes. Il faut donc qu’il soit simple à lire, facile d’accès, et qu’il donne envie.

Comment ?

 

> En allant droit au but : il faut se concentrer sur l’essentiel. Inutile de perdre du temps en fioriture ou en délire romancé. De l’information brute, utilisable directement par le journaliste.

« Né le 18 août 1962 à la clinique St Marthe d’une mère secrétaire de direction adorant les parties de belote coinchée et d’un père gendarme ayant connu ses heures de gloire durant la guerre d’Algérie alors qu’il abattait de l’infidèle païen musulman islamiste terroriste à coups de mitrailleuse, l’auteur Jean Pignon passe son enfance à chasser la gallinette cendrée avec son oncle Gustave dans les bois de… »

Pas bon ! Dis-toi simplement que tu dois retirer tout ce qui n’a pas un rapport direct avec le bouquin.

 

> En variant la forme… : pourquoi se contenter d’une mise ne page austère quand on peut faire des choses beaucoup plus sympa ? Bouscule les habitudes, mets un fond de couleur, utilise des zones de texte qui te permettent d’adopter des formats plus originaux. N’hésite pas à t’inspirer d’une mise en page presse des magazines actuels. Un dossier de presse, c’est comme un bon plat, ça doit donner envie avant d’être bon.

 

> … et le fond : vomir de l’information compacte n’aide pas à s’immerger dans ton univers poétique, cher Rocco. Tu peux rendre les choses plus distrayantes avec des phrases d’accroche ou autres slogans, interviews, brèves, articles courts, portraits, citations, etc.

Par exemple, j’ai moi-même préféré mettre l’accent sur ma démarche en tant qu’auteur par le biais d’une fausse interview (ben oui regarde donc le nom de l’intervieweur dans le dossier de presse juste en dessous, cela ne te dit rien ?)

 

> Donner des chiffres : Les chiffres, c’est super. C’est objectif, ça fait joli dans un encart, et ça résume la situation très rapidement. Nombre d’amis sur Facebook, nombre de fans, nombre de pages vues sur ton blog, nombre de livres précédents vendus, nombre de séances de dédicace déjà effectuées, nombre de chroniques consacrées à ton roman, etc. Bref, tout n’est que chiffre !   

 

 

rocco_chips.jpg> Faire joli : en mettant de la couleur et de belles photos pas trop ringardes (évite celles en slip de bain, même si tu n’as absolument pas à avoir honte de ton anatomie, cher Rocco, ou celles qui te font un air de kéké). Lire, c’est quand même bien chiant. Les gens n’aiment pas trop ça, il ne faut pas hésiter à aérer pour rendre le texte plus digeste. Il ne faut pas avoir peur du vide.

 

> Ne pas faire trop joli : le mieux est l’ennemi du bien (surtout si tu as mauvais goût. Je sais par exemple que les dijonnais se sont faits une spécialité dans cette thématique, car je vois régulièrement chez ces chaleureux habitants, tapisserie de l’horreur, carrelages immondes et… bref) : pas de jolis bandeaux lumineux, de designs psychédéliques avec de grosses fleurs mauves / des nourrissons / des petits chats, ou de polices de caractère trop ésotériques. Le fluo, c’est le mal. Évite aussi le racolage et la publicité trop agressive.       

 

 

Rédaction  

 

Combien de fois ai-je pu voir des dossiers de presse saturés de fautes d’orthographe, de grammaire, où au style approximatif…

Pourtant, cher Rocco, c’est un document technique qui demande beaucoup moins de travail qu’un roman. Cela ne devrait pas être trop compliqué de le relire deux ou trois fois.

Soigne donc ton orthographe, évite les jugements de valeur (non, les femmes ne sont pas toutes des salopes, mon cher ami), ne fais pas de commentaires trop personnels et tiens-toi en aux faits. N’essaie pas d’en rajouter, cela se sentira immédiatement.

« Après avoir vendu 3 millions d’exemplaires de son livre en France, en Amérique et dans le pays encore plus loin où il y a plein de gens aux yeux bridés, J. Heska est passé en dédicaces à Pouilly / Marne et à Melun les Rombières. »

Pas bon !

 

 

Émotion

 

confessions_intimes-300x225.jpgProbablement la partie la plus importante, car c’est celle qui intéresse le plus les journalistes grâce (à cause) de l’effet télé-réalité.

Mais qu’est-ce donc l’effet « télé-réalité », me demanderas-tu à nouveau, ébahi par tant de culture ? Celui qui n’est jamais tombé en extase devant un épisode de Confessions Intimes du type « J’aime plus le tuning que mon fils » ou « Je me déguise en chien » ne peut guère comprendre. C’est le fait de résumer les trajectoires personnelles, les caractères, les expériences par de grosses ficelles bien voyantes. Une sorte de caricature qui permet de juger en moins de trente secondes (les gens adorent). Tout ça pour dire que ton dossier de presse doit raconter une histoire passionnante, mais qui, contrairement à Confessions Intimes, te mettra en valeur.

C’est à toi de créer ta propre légende en connexion avec ton roman. Tu en un romancier, pardi, ce n’est pas trop difficile !

Après, le tout est de savoir se mettre en valeur. Tu n’es pas un bouseux qui écrit sur des sujets dont tout se fout, mais un auteur fortement ancré dans le terroir. Pas un geek, mais un auteur nouvelle génération qui puise ses références culturelles dans les nouveaux médias. Ton éditeur n’est pas inconnu, mais privilégie la qualité à la quantité. Bref, tous tes défauts se transforment en qualité sous ta plume.

Attention toutefois à l’effet boomerang.

 

 

C’est chouette, mais je ne suis pas graphiste, comment je fais ?

 

Tout bête. Pas besoin de maîtriser l’outil Photoshop comme ton pénis pour construire ton dossier de presse, petit Rocco. Moi-même, j’ai tout fait sous Word avec des outils tout simple : un fond de couleur qui rappelle la couverture, des boîtes de dialogue qui permettent de coller mon texte un peu partout, des photos, et le tour est joué !

 

Allez, je suis sympa, je te mets mon dossier de presse en téléchargement. Tu peux pomper (en tout bien tout honneur) tout ce que tu veux, cher Rocco. Et voir à quel point je n’ai pas suivi mes merveilleux conseils…

 

Enjoy !

 

Gros bisous,

 

 

J. Heska

 

 

Pour télécharger mon fabuleux dossier de presse, c'est ici

 

 

Vendredi 15 juillet 2011 5 15 /07 /Juil /2011 20:41
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Toi aussi, tu veux publier ton livre ? Tu cherches reconnaissance, amour, gloire, beauté, argent, cocaïne sur le capot des voitures, et les mêmes chapeaux qu’Amélie Nothomb ? Mais tu ne sais pas comment faire, tu es un peu perdu dans la terrible banquise de l’édition, où de vils vautours te guettent avec leurs doigts avides (si, si). Ne t’inquiète pas petit magicien, tel un Voldemort avec un visage qui ne ressemble pas à un mérou (pas frais), je saurai te guider sur les sentiers de la gloire et de la puissance littéraire.

 

 

De : Nicolas, Palais de l’Elysée

 

Cher compatriote,

 

Nicolas-Sarkozy-copie-2.jpgPour une raison indépendante de ma volonté, il y a de fortes chances que je me retrouve au chômage dans peu de temps (et pourtant, j’ai travaillé très très dur). J’ai écrit un roman qui conte l’histoire d’un homme seul contre tous qui va devoir lutter pour réussir sa carrière professionnelle et arriver au sommet. Tu crois que c’est un bon plan pour devenir riche ? Et toi, avec le succès de ton roman, je suppose que tu comptes ton or dans ton coffre-fort géant ?

 

Gros bisous,

 

Nicolas S.

 

 

Cher Nicolas,

 

Ah ! Si j’avais gagné un euro à chaque fois que l’on m’avait posé cette question, je l’aurais vraiment, mon coffre-fort Picsou. Alors non, ce n’est pas un bon plan pour s’acheter du caviar. Et non, je suis très loin de pouvoir faire bouillir la marmite grâce à mon « art ». Si j’arrivais à payer les croquettes du chat pendant un mois avec mes droits d’auteur, je danserais nu sous la pluie (mais c’est vrai qu’elle a des goûts de luxe, elle ne mange que du gourmet 3 étoiles avec des vrais morceaux de… euh.. enfin avec des vrais morceaux).

 

 

Un marché morose : ultra-saturé, des ventes moyennes minables, une culture qui tend vers l’homogénéité  

 

Car figure-toi cher Nicolas que la situation du marché du livre en France est très loin d’être rose (ben oui, je viens de te le dire, elle est mo-rose), et particulièrement pour le nouvel auteur débarquant avec la fraîcheur et la naïveté de l’adolescent saturé d’hormones abordant la plus belle fille du lycée. Pour t’assommer avec quelques chiffres, chaque année, ce sont plus de 67 000 nouveaux titres qui paraissent dans les librairies (et uniquement les livres à compte d’éditeur, les comptes d’auteur et l’auto-édition sont encore plus nombreux, voir  ici pour comprendre la distinction). Soit 184 nouveaux titres par jour. Il n’y a pas de place pour tout le monde.

Certains esprits chagrins dénoncent la cause de cette situation comme étant la démocratisation des procédés de fabrication des livres (dont l’impression numérique) qui ont permis aux petits éditeurs d’envahir les linéaires. Il y a surtout un mouvement général d’inflation chez l’ensemble des éditeurs, lui-même calqué sur un mouvement général de civilisation : vite imprimé, vite diffusé, vite lu, vite oublié.

Je ne cache donc pas que ta bouse digne d’une croûte de Pal Sarkozy ton œuvre devra lutter royalement pour se faire une place au soleil. Moi-même, ayant bénéficié d’une distribution assez performante, je suis resté en façade deux ou trois semaines avant d’être relégué par le turn-over des nouveautés dans les tréfonds des rayons où personne ne va jamais.

 

mouette-livres.jpgÀ cela s’ajoute le double effet kiss Cool : la capacité d’absorption du marché stagne depuis de nombreuses années (elle progresse en fait très légèrement, de 1 à 2% par an). Deux fois plus de titres qu’avant, mais autant de lecteurs ! Donc dilution des ventes. Donc plus grande difficulté à percer le marché.

 

Tu croyais que j’en avais fini ! Et bien non, il y a le troisième effet kiss Cool ! Je viens de te dire qu’il y avait un phénomène de dilution de ventes. Et bien, ce n’est pas tout à fait vrai, car les Werber, Lévy, Musso et consorts ;-) n’ont jamais autant vendu. Le mouvement est général, l’écart entre les grosses locomotives qui ravagent tout et les auteurs moins vendeurs ne cesse de se creuser. Tu devras donc te contenter des miettes qui ont tendance à se raréfier, et qui doivent pourtant nourrir toujours plus de pigeons. D’où la férocité des volatiles.

 

Bernard Lahire dans son livre La condition littéraire : la double vie des écrivains témoigne bien du phénomène. Il affirme en résumé que la plupart des écrivains vend moins de 3 000 exemplaires (plus de 30% en vendent seulement moins de 1 000).

Cher Nicolas, sais-tu que je squatte depuis presque quatre mois le TOP vente FNAC, que je suis régulièrement en rupture de stock, que j’ai fait partie des meilleures ventes de l’hiver, que mon éditeur chante mes louanges car j’ai réussi l’exploit de faire un best-seller pour mon premier roman ? Bref, que c’est le grand succès et le grand bonheur. Alors, combien d’exemplaires ai-je vendu à ton avis ? 500 000 ? 100 000 ? Un tout petit peu moins, 2 000 selon les dernières statistiques… Un succès qui montre bien l’étendue des dégâts…

 

 

Un art qui rapporte peu

 

Écrivain, c’est comme paysan. Il produit la matière première qui sert à nourrir grassement toute une chaîne alimentaire, mais il galère pour boucler ses fins de mois. En France, seuls 2 000 auteurs arrivent à subsister (plus ou moins) de leur plume. C’est peu.

 

Mais quelles sont les ressources d’un écrivain ? Principalement ce qu’on appelle le droit d’auteur, ou pour les néophytes, un pourcentage sur les ventes HT ou TTC (la nuance est importante). Il est en général de 8 à 10% pour les primo-romanciers et les auteurs, peut monter jusqu’à 15% pour Anna Gavalda, mais, tout comme les paysans écrasés par la politique européenne, il a tendance à se réduire et à toucher le fond du 6%. Par contre, bonne nouvelle ! Il augmente au-delà de seuils de vente jamais atteints (5 000 ou 10 000 exemplaires).

Faisons donc un petit calcul ensemble, mon cher Nicolas. Ne t’inquiète pas, ce ne sera pas très compliqué, juste une multiplication, et aussi une petite division. Prenons un auteur tout à fait au hasard dont les droits s’élèveraient à 10% TTC et qui a vendu 2 000 exemplaires de son formidable bouquin bourré d’humour et de fraîcheur, facturé 14,95 € TTC. Son revenu s’élèvera donc à environ 2990 €. Un peu moins avec ce que lui prendront les voleurs des impôts. Dis comme ça, ça paraît pas mal. Mais sachant qu’un livre demande environ un an de travail, sans compter le temps passé à la promotion, en ratio salaire-horaire il vaut mieux aller bosser à l’usine. Et si notre cher écrivain a l’outrecuidance de vouloir s’assurer un salaire décent, disons un peu plus que le smic avec environ 1400 € net / mois, il lui faudra donc vendre… 11 237 livres (en réalité, c’est au moins 15 000). Et puis, tout cela si l’auteur touche effectivement ses droits. Il paraît qu’un tiers d’entre eux n’en voit jamais la couleur…

 

Voilà, voilà… Sachant que si le second livre de notre écrivain fait un four total, il n’aura plus de sous pour acheter du gourmet 3 étoiles à son chat l’année suivante, ce qui, au-delà de la précarité de son statut, rendrait le petit animal fortement colérique.

 

Picsou.jpgN’y a-t-il point d’autres rémunérations pour un auteur ? me demanderas-tu, les yeux humides remplis d’espoir. Je te répondrai que oui, mais qu’il vaut mieux les oublier.  

Prenons l’exemple de l’à-valoir, qui est une somme que te verse l’éditeur avant ou pendant l’écriture de ton livre, et qu’il déduit de tes futures ventes. L’avantage du système ? C’est que si ton livre fait un bide, l’éditeur ne peut pas te reprendre ton paquet de sous. Ton objectif en tant qu’écrivain est donc d’arnaquer au maximum ce radin d’éditeur pour lui soutirer un maximum de pognon. Malheureusement, il est malin, le bougre. Si tu arrives à lui escroquer 1 000 euros, c’est déjà énorme. Et si tu es un primo-romancier, il est même grossier d’aborder la question.

Je ne parlerai même pas des droits dérivés (traduction, droit poche, adaptation cinéma ou télé, produits dérivés etc.) car ils ne concernent qu’une frange infime des auteurs. Si tu en arrives là, tu auras déjà gagné suffisamment avec tes droits d’auteur pour te payer un séjour aux Maldives (emmène-moi, je t’en supplie).

 

 

Une vision galvaudée du métier d’écrivain

 

Au delà des arguments précédents, mon cher Nicolas, pose-toi également la question de savoir si c’est ce que tu veux vraiment. Je rencontre énormément de gens lors de mes dédicaces qui veulent surtout vivre le rêve faussé (par la télévision et le cinéma) de l’écrivain et qui souhaitent avant tout échapper à un quotidien parfois difficile.

Pour toi un écrivain c’est un gars avec une pipe et une veste en tweed qui s’exprime à la télévision avec des mots comme « indubitablement » « cocasse » ou « en dépit ». Ou alors, encore pire, c’est un branché urbain qui passe sa vie dans les bars au milieu de la jet-set parisienne, et qui tombe les filles par kilos entiers avec des mots comme « indubitablement » « cocasse » ou « en dépit ».

 

le_tweed_en_10_le__ons_61587060_north_320x480.jpgEn réalité, le quotidien d’un écrivain, c’est de la recherche en bibliothèque ou sur le web, une bonne hygiène de vie pour ne pas sombrer face à la perte de repères qu’offre une activité professionnelle, de longues heures assis devant son PC, une grande solitude, des problèmes financiers à répétition, des sorties de temps en temps pour le festival « Saucisse et littérature » de Pouilly sur Marne à ramer pour vendre des bouquins… De même, autour de lui, ce ne sera souvent que mépris et jalousie « Moi aussi, je manie bien les mots, mais en mieux que toi » « Mais sinon, tu as quand même un VRAI métier à côté ? » « Pas trop dur, la glandouille ? ».

Tu trouves que le tableau brossé est un peu noir ? C’est vrai, mais il faut bien que je décourage les auteurs potentiels si je veux avoir plus de place pour moi. Mais tout de même, questionne-toi bien à ce niveau. Est-ce vraiment la vie que tu souhaites ? Es-tu prêt à en accepter le prix ?

 

 

Tu t’obstines ? Bon, quelques conseils pour mettre du beurre dans les épinards en cas de galère.

 

Tu as décidé, tu veux vraiment vivre de ton activité d’écrivain ? Et tu acceptes de ne pas devenir riche ? Sûr ? D’accord, d’accord, petit Nicolas, ne t’énerve pas, voici quelques conseils :

 

--> Si tu ne vends pas beaucoup, produit beaucoup ! Et oui, certains écrivains arrivent à manger en produisant trois à quatre livres par an. Même vendus en moyenne à 2 000 exemplaires, cela peut presque assurer un revenu de base. Attention toutefois, cette méthode est de moins en moins viable, à cause du phénomène de dilution dont je te parlais précédemment.

 

--> Exercer une activité connexe à l’écriture : critique, pigiste, nègre littéraire (enfin on dit écrivain fantôme, à présent, je crois), etc. Les qualités de ta plume peuvent te faire décrocher quelques petites chroniques qui peuvent t’aider à acheter des kebabs et parfois même, un menu maxi best-of.

 

--> Quémander des sousous. Le RMI (enfin, maintenant RSA) peut être un complément de revenu fort appréciable. Très mal perçu par la population et l’entourage. Il y a également des bourses à l’écriture proposées par certains conseils régionaux, par le CNL ou des fondations privées (fondation Hachette, mais les inscriptions sont closes en ce moment).

 

--> Vendre ton corps. Mais non, pas comme ça. Plutôt les manifestations dans les collèges / lycées, les salons, les médiathèques, les ateliers d’écriture ou autres peuvent compléter tout cela. Ne fonctionne que si l’on est a minima reconnu dans la profession.

 

 

Je sens déjà que tu vas te tourner vers moi en me demandant quel a été mon choix. Non, ce n’est pas un secret d’État. Le voilà, ne me juge pas : tant que je ne gagne pas suffisamment d’argent avec l’écriture pour être à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ma vie, hors de question de m'y consacrer à plein temps. Pourquoi ? Parce que je ne souhaite pas sacrifier ma carrière professionnelle et à servir des frites jusqu’à la retraite en cas de soucis, que je ne veux pas vivre un rêve d’écrivain au rabais, et surtout, parce que j’aime la sécurité et que celle-ci me permet de rester libre dans mes écrits. Je m’en fous que ça se vende ou pas, tant que je me marre.

 

En conclusion, cher Nicolas, le dernier conseil que je donne à tout écrivain désireux de devenir riche : fais plutôt du porno amateur, ça rapporte plus. Ou alors, si tu comptes sur l’écriture pour changer de vie, je te conseille plutôt de tout plaquer et de t’engager dans l’armée / faire de l’humanitaire / devenir pêcheur de mérou dans les Caraïbes. Oui, je sais, il n’y a pas de mérous aux Caraïbes, c’était juste pour faire un rappel à mon introduction, on appelle ça une épanadiplose narrative, ignare.

 

 

Gros bisous,

 

J. Heska

 

Ps : J’ai moi-même quelques petits soucis de scandales sexuels (rien de bien méchant, un ou deux léchouillages de pieds à droite à gauche, comme Georges). Est-ce que tu peux faire quelque-chose pour moi ?

 

Jeudi 30 juin 2011 4 30 /06 /Juin /2011 22:55
- Ecrire un LOL PTDR - Voir les 17 LOL PTDR

 

Toi aussi, tu veux publier ton livre ? Tu cherches reconnaissance, amour, gloire, beauté, argent, cocaïne sur le capot des voitures, et les mêmes parkas que Michel Houellebecq ? Mais tu ne sais pas comment faire, tu es un peu perdu dans le terrible océan de l’édition, où de vils serpents te traquent avec leurs mains avides (si, si). Ne t’inquiète pas, petit Scarabée, tel un Yoda moins vert et plus grand, je saurai te guider sur les sentiers de la force littéraire.

 

 

De : Mickael, Paris

 

Cher collègue beau gosse,

 

mvandetta25jan09.jpgJ’ai publié un super livre : l’histoire de ma vie. Il est génial car il contient des vrais morceaux de philosophie qui vont bouleverser le monde. J’avais des séances de dédicace organisées par ma maison d’édition, mais malheureusement, je me suis grave tapé la tehon parce qu’il n’y avait personne. Du coup, j’ai écrit des SMS, je me suis baladé dans le magasin au rayon B.D. et j’ai caressé les seins de la vendeuse dans la réserve. Comment faire pour avoir plein de gens ?

 

Gros bisous,

 

Michael V.

 

 

Cher Mickael,

 

Et tu oses te plaindre ! Quelle chance de n’avoir eu qu’à asseoir ton auguste derrière sur une chaise (et d’avoir pu toucher les seins de la vendeuse). De nombreux auteurs doivent suer corps et âme pour organiser de tels évènements. Mais passons, cher Michael, je ne t’en veux point pour cela. Je houspillerai un autre philosophe de ta trempe lorsque je répondrai prochainement à sa question sur la manière dont une séance de dédicace peut se préparer.  

 

Parlons donc de ton problème : voilà, tu commences à peine et tu tombes bêtement dans le piège de l’écrivain orgueilleux ! Car si les médias te gavent à coup de ça :

 

Virgin_werber.jpg

 

Où tu n’as plus à cueillir tes lecteurs conquis comme des fruits trop mûrs (un peu trop facile, n’est-ce pas ? Tu n’es pas comme cela, nan ?)

 

La réalité, cher beau gosse, est toute autre. Car hormis des Marc Lévy et des Bernard Werber, 99,9% des auteurs ont à affronter ceci en séance de dédicace :


seul-desert.jpg

 

Du vide, des regards méfiants, parfois hostiles ou moqueurs, de l’intérêt qui n’a rien de désintéressé (« je suis moi-même auteur et je voulais vous demander si… »), de la bêtise, du mépris…

 

La posture psychologique est donc tout autre, car c’est à toi de te vendre auprès de ton lectorat. Tu n’es plus un écrivain qui se drape dans la dignité de sa prose universelle, mais un VRP devant fourguer son kilo de boudin au stand charcuterie de l’Auchan de Mufflin-les-Pouilly. Mais comment transformer ce moment pénible en une félicité dont tu chanteras les louanges durant les siècles à venir ? Ne t’inquiète pas, voici quelques conseils pour t’aider à sortir la tête haute de cette épreuve

 

Confiant, souriant, plaisant, prince charmant

 

Un conseil de base, me diras-tu, jeune présomptueux, mais fort peu appliqué. Combien de fois ai-je vu des auteurs pianoter sur leur téléphone ou lire un roman d’un concurrent en attendant que quelqu’un vienne le voir ? Fatal Error ! Que tu as toi-même commise.

La première étape, c’est donc de rendre un environnement propice à l’échange :

 

--> Présenter son univers en cinq secondes : Qui es-tu ? C’est quoi, ce roman ? De quoi ça cause ? À quoi ressemble la couverture (le critère principal d’achat d’un roman) ? Il faut être capable de livrer toutes ces informations en un seul passage devant ta table. L’idéal, c’est une belle affiche. Le chevalet avec le nom d’auteur est le strict minimum.

 

--> Des livres qui donnent envie : se cacher derrière de belles piles horizontales ne sert à rien. Vingt livres sur la table, grand maximum, et un d’entre eux à la verticale pour que la couverture soit visible. Le petit plus ? Que le lecteur puisse le feuilleter sans subir le regard intransigeant de l’auteur, sur une petite table à côté de la tienne. 

 

--> Être un beau gosse (je sais que ce conseil te fait plaisir) : Tu ne bois, tu ne fumes pas, tu fais du sport, et tu auras le droit d’aller en dédicace. En réalité, il faut « juste » rayonner, être sympathique et agréable. Assis sur ta chaise (ou encore mieux, debout, mais c’est plus difficile à assumer), le dos bien droit, les bras ouverts (pas croisés, c’est un signe de repli sur soi), le regard franc et assumé. Et surtout, un grand sourire. Tu es heureux d’être là ! Tu ne décolles pas et tu restes poli, même si on te demande de garder les gosses pendant que maman fait les courses, ou si on te repose 40 fois la même question : « Vous avez quand même un VRAI métier à côté, boudiou ? ».

Les lecteurs iront plus facilement vers toi. Et si tu leur dis bonjour, tu as presque gagné la partie !


 

Capter l’attention comme un vendeur de merguez à la sortie d’un match de foot

 

friterie.jpegVoilà, c’est fait ! Tu  viens d’initier le contact. Certains osent même te sourire. C’est un bon début, cher Mickael.

Mais il faut aller beaucoup plus loin, à présent, il faut réussir à attirer tes lecteurs naïfs dans tes filets machiavéliques pour lui refourguer ta daube infâme ! Mais comment faire ? N’aie crainte, il te suffit à nouveau de suivre ces quelques conseils. 

 

--> Ne pas hésiter à lancer la conversation. Une phrase d’accroche, une question qui attire l’attention (Vous achetez le dernier DVD de Harry Potter, il est bien ? Aimez-vous les thrillers ? Pratiquez-vous la sodomie ?), le résumé du livre en quelques mots. Bouscule les gens, casse leurs habitudes, titille-les. Trouve la petite signature avec laquelle que tu te sens à l’aise. Je reconnais, cher beau gosse, que cela fait un peu « marché de la moule à Arcachon », mais c’est une méthode qui a fait ses preuves. 

 

--> Inviter les lecteurs à feuilleter ton livre. Préciser qu’ils ont droit de le prendre, de le toucher, de la caresser sensuellement, de partir un peu plus loin, et de le reposer si ça ne leur convient pas. Aucune obligation d’achat, ma bonne dame !

 

--> Comment éviter le réflexe de répulsion habituel dès que l’on souhaite vendre quelque-chose ? Mais l’échantillon gratuit, pardi ! Le flyer de publicité présentant l’ouvrage marche très bien. C’est gratuit, c’est sympa, les badauds s’arrêtent pour le prendre. Cela permet d’amorcer la discussion, de les faire revenir, et même de commander le livre plus facilement quelques jours plus tard. Les auteurs ont d’autres trucs, comme des bonbons (ne les propose pas aux enfants), ou même des pages d’extraits à distribuer. 

 

--> Avoir du répondant et ne pas se laisser démonter par les refus tirés par les cheveux. Par expérience, de très bonnes ventes ont été faites avec des personnes réticentes initialement. « — Je n’aime pas lire. — Ça tombe bien, c’est un livre qui se VIT», « — Je n’ai plus d’argent. — Le dernier Tim Burton n’est pas terrible, et mon livre vous procurera plus d’heures de plaisir », « — Je cherche Guillaume Musso. — il n’est pas là aujourd’hui, c’est moi qui le remplace»

 

--> Ne pas trop insister. Suivre le lecteur dans les rayons en le frappant et en dénonçant sa bêtise de ne pas acheter ton livre n’est pas très bien vu. Autre fausse bonne idée : venir avec un ami qui va jouer les rabatteurs. Le vendeur de la librairie a beaucoup plus de légitimité dans ce rôle (et le fait beaucoup mieux).

 

La civilisation du spectacle, Coco !

 

Bravo, tu as réussi à captiver quelques badauds de passage. Mais comment réussir à créer un vrai enthousiasme autour de toi ? À fédérer la foule ? Pars du principe que le public, c’est comme les femmes : il suffit qu’une d’entre elle te montre de l’intérêt pour qu’elles veulent toutes arracher tes vêtements (oui, moi aussi je suis un vilain sexiste). Mais comment faire ? Ha, ha, jeune naïf, voici la solution :

 

--> La simple séance de dédicace, c’est tellement dépassé. En 2011, c’est une exposition boîte de nuit 3D avec feux d’artifice qu’il faut proposer ! Sans aller aussi loin, organiser une petite exposition n’est pas idiot. Le plus dur est de trouver un libraire qui accepte de jouer le jeu. Sinon, quelques feuilles A3 collées sur du carton, des chevalets éparpillés dans la boutique, et voilà une exposition montée en cinq minutes. Tu y mets ce que tu veux : articles de presse / chroniques de blog qui te sont consacrés, couverture de ton livre, extraits, quatrième de couverture, biographie, etc. Les sujets ne manquent pas pour faire découvrir ton horreur littéraire !  

 

--> Raconter des anecdotes, parler fort et savoir rebondir. Ben oui, tu t’adresses à la personne devant toi et aux autres qui passent à côté. Exprime-toi distinctement et mets l’accent sur les petites tranches de vie cocasses ou croustillantes. Creuse-toi la tête, il y en a forcément. De même, n’hésite pas à poser des questions. Les gens adorent parler d’eux. 

 

Tu vas me dire que c’est bien dommage d’en arriver là pour vendre des livres. Et je te répondrai que oui, mais que la société actuelle est ainsi, et qu’elle se concentre plus sur la forme que sur le fond. Si tu veux toucher les lecteurs au fond, il faut donc y mettre les formes. Et puis, cher Mickael, cela me permet d’enchaîner habilement sur le dernier point de cette chronique qui n’a que trop duré.


 

Ne pas vouloir vendre à tout prix

 

fric.jpgOui, oui, je sais, c’est en totale contradiction avec ce que je viens de dire. Mais réfléchis bien à l’objet de ta présence. Vendre des livres ou échanger avec les lecteurs ? Refourguer du papier ou papoter ?

Si ton but est de faire du cash, tu n’as rien à faire ici. Les gens vont le sentir, tu ne parleras pas de ton œuvre avec le cœur amoureux d’un prince chevauchant son fidèle destrier, et tu vas vite t’ennuyer. Et puis franchement, si tu arrives à vendre quinze livres en quatre heures de présence, c’est un très bon score. Cela te rapportera environ 30 euros. Dans ces conditions, il vaut mieux aller bosser à l’usine.


Mets plutôt une photo de toi en string sur Internet, ou participe à une émission de téléréalité, ce sera beaucoup plus vendeur (oups, tu l’as déjà fait).

 

 

Gros bisous,

 

 

J. Heska

 

 

PS : Est-ce que tu pourrais m’en dire plus sur ta théorie qui va bouleverser le monde, parce que je souhaite écrire un bouquin un peu comme ça et je voudrais avoir ton avis ?

 

Mardi 28 juin 2011 2 28 /06 /Juin /2011 19:07
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Toi aussi, tu veux publier ton livre ? Tu cherches reconnaissance, amour, gloire, beauté, argent, cocaïne sur le capot des voitures, et les mêmes chemises que Bernard Henri Levy ? Mais tu ne sais pas comment faire, tu es un peu perdu dans la ténébreuse savane de l’édition, où de vils requins te traquent avec leurs mains avides (si, si). Ne t’inquiète pas, petit Padawan, tel un Indiana Jones des temps modernes, je saurai te guider vers ton graal littéraire.

 

 

De : Kate, buckingham

 

kate-middleton4.jpgCher grand gourou de l’édition (dont le talent n’a d’égal que la beauté),

 

Je cherche depuis longtemps à faire publier mon chef-d’œuvre racontant l’histoire tragique de mon mariage arrangé avec un homme que je hais au plus profond de mon âme, et je viens de recevoir un contrat d’une maison d’édition. Mais ils me demandent 15 000 euros pour la maquette, que dois-je faire ?

 

Gros bisous,

 

Kate M.

 

 

 

Chère Kate,

 

« T’équiper d’un couteau de chasse pour rendre leur liberté aux boyaux et aux organes des personnes qui ont osé te proposer cela. Et ensuite te trancher la gorge. Car ta bêtise ne mérite que cela. » C’est le type de réponse que l’on te fera sur tous les forums, car ce que tu décris ressemble fort à du compte d’auteur. Et un consensus mou condamne fermement ce type d’édition à l’heure actuelle, au contraire du sacro-saint compte d’éditeur. Mais bon, chère Kate, comme tu dois le savoir si bien, la réalité est plus complexe.

C’est pour cela que je ne m’abaisserai à un tel jugement de valeur (oh ça non), et que je vais te conseiller avec plaisir.

Mais avant cela, quelques petites explications : il existe grosso modo trois types d’édition.


 

herisson.jpgLe Compte d’éditeur ! Le plus classique et le plus connu. Gallimard, Flammarion, etc. te font signer un joli contrat avec un beau ruban dans lequel tu leur cèdes ton âme (enfin presque, juste les droits complets de ton livre), et en échange ils assument tout : les frais de correction, l’exploitation, la diffusion et la promotion de ton roman, le risque financier si ton roman fait un four, etc. Tu n’as rien à payer et tu touches au bout d’un an un joli chèque correspondant à tes droits d’auteur (en général 8 à 10%, mais en ce moment, c’est moins).

 

Le compte d’éditeur t’offre la tranquillité, la gratuité, et surtout la chance de bénéficier d’un réseau commercial plus ou moins performant (promotion, diffusion, etc.).

Par contre ne te leurre pas, chère ingénue ! Un auteur doit savoir mouiller le maillot, et même chez Gallimard : retravailler des supports de communication dégueulasses qu’un stagiaire aura fait à la va-vite, rectifier les bêtises de l’attaché(e) de presse qui n’a pas lu ton bouquin et qui raconte n’importe quoi, envoyer toi-même tes propres services de presse, vérifier que le bouquin est vraiment diffusé dans les points de vente, te bagarrer pour qu’il soit disponible en livre numérique à un prix acceptable, etc. Bref, t’assurer que le boulot est bien fait. Et puis, je ne raconte même pas si tu es diffusée aux éditions du PoitouRobriou, petit éditeur de province sans moyen, tu dois alors être en mesure de liquéfier le maillot. 

 

Et tout ce bonheur avec la complexité d’une administration française, pour 8 à 10% des ventes sur chaque bouquin, soit un peu moins de 2 euros.

Mais le pire reste que cette incroyable félicité demeure horriblement difficile d’accès, parce que la sélection est rude, et pas uniquement pour des critères de qualité (je t’en parlerai plus tard). Donc, en général, les auteurs qui n’arrivent pas à être publiés chez les éditeurs traditionnels (et je suppose à raison que c’est ton cas, hein, petite coquine) se tournent vers…  

 

 

Le compte d’auteur ! Nous y voilà. C’est un fourre-tout dans lequel on trouve un tas de contrats tous plus exotiques les uns que les autres, mais, pour faire simple : c’est à peu près pareil que précédemment, sauf que l’auteur doit mettre la main à la poche. C’est refacturé en frais de maquette, de correction ou autre. Une petite différence qui change tout. 

 

julien-courbet.jpgCar ton éditeur (enfin, plutôt prestataire de service) n’a aucune raison de se démener pour toi, vu que sa marge a déjà été perçue. De même, ce type d’édition a très mauvaise réputation dans le milieu, et elle regorge d’arnaques en tout genre.

La plus simple consiste à s’auto-proclamer maison d’édition, d’accepter tous les auteurs sans sélection en flattant leur vanité, de les faire passer à la caisse pour une somme exorbitante, et de torcher une mise en page de leur manuscrit en deux heures avant d’en imprimer 500 et de le noyer sur un site Internet au catalogue abscons.

Toutefois, pour nuancer mon propos, le milieu de l’édition étant particulièrement dur, cela n’est pas forcément choquant de demander une participation de l’auteur, tant que c’est fait de manière transparente (tu deviens de facto co-éditeur) et que le boulot est fait derrière. Et c’est une solution beaucoup moins hypocrite que la précédente.

Mais dans ton cas, chère Kate, 15 000 euros est une somme très importante, et cela flaire plutôt l’arnaque.

N’hésite pas à vérifier le devis des prestations et à comparer (par exemple chez des correcteurs professionnels), comme tu le ferais pour réparer ta voiture, et pose-toi la question de savoir si tu n’arriverais pas à mieux faire toi-même, en te tournant vers…


 

L’Auto-édition ! Tu deviens ta propre éditrice. Bravo, te voilà capichef de ton navire !  Tu conserves tes droits, fais ce que tu veux et assumes tous les risques. Tu t’occupes de tout. Tu corriges, tu fais imprimer tes livres, tu les vends, tu les diffuses. Tu touches une rémunération beaucoup plus importante sur les ventes, mais tu vends moins bien (sauf si tu es douée).

L’auto-édition connaît un bon engouement ces dernières années grâce à l’impression numérique et aux nouveaux modes de diffusion dématérialisés (ebook), qui permettent de faire une promotion complète sans passer par les circuits standard. D’ailleurs, certains grands auteurs commencent timidement à s’y mettre. J’y reviendrai plus longuement ultérieurement.

 

autoedition.jpgDès lors, cher Kate, tu te dis que tout ceci est bien compliqué et que tu regrettes de m’avoir posé la question ? Déjà, je vais te demander d’être plus polie, et ensuite, je vais te résumer tout cela en quelques mots. Tout dépend de quelques critères : la qualité de ton manuscrit, ton réseau de connaissance, ton portefeuille et ta motivation.

 

Voilà, chère Kate. En conclusion envoie-moi ton manuscrit, et pour seulement 7 500 euros (du liquide, des petites coupures dont les numéros ne se suivent pas), je te promets une diffusion internationale en 36 langues et des droits d’auteur à plus de 30%.

 

Gros bisous,

 

J. Heska

 

PS : Est-ce que tu pourrais m’envoyer une photo de ta sœur Pippa toute nue ?

 

 

Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 23:33
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