Seconde chance

 

 Une douleur infernale s’échappant à chaque expiration. Les muscles, les nerfs et la peau qui tiraillent. Du sang. Une croûte épaisse de poussière. Des yeux cherchant à s’ouvrir.

Un râle s’échappa de la poitrine en feu de Joanne. Elle releva précipitamment la tête et retira nerveusement la fine couche de résidus ferreux qui recouvrait son visage. La limaille de fer lui entailla les joues et le front. Son esprit prit quelques secondes pour se reconnecter. Elle était dans la station. Vivante. Mais il y régnait une atmosphère surréaliste. Des débris flottaient dans l’air, comme figés par le temps. Les personnes paniquées qui fuyaient ou celles qui avaient été soufflées au sol, les traits déformés par la douleur, étaient pétrifiées dans des positions grotesques.La rame de métro reposait sur son coussinet de feu dix mètres au dessus des rails.

 

 

Des bulles ardentes se dispersaient un peu partout et envahissaient le quai, mais, étrangement, n’émettaient plus aucune chaleur. Elle se redressa sur ses deux pieds, sa hanche la faisait souffrir, son poignet était tordu dans un angle effrayant et sa peau était noircie et craquelée au niveau du ventre. Faisant abstraction de la douleur, elle fit quelques pas maladroits au milieu de cette photographie figée. Son regard fut soudain attiré par une silhouette mouvante qui s’avançait droit sur elle. Le Redresseur.

— C’est fini, lança-t-il, glacial.

Les lèvres de Joanne tremblèrent. C’était la première fois qu’elle en voyait un d’aussi près. La combinaison dont il était affublé semblait constituée de milliers d’écailles liées entre elles, comme la peau d’un serpent. Il poussa un morceau de béton bourré de ferrailles en lévitation, passa au travers d’un fil de feu et se planta devant elle.

— Qu’est-ce que… Où suis-je ? demanda-t-elle en retirant des cheveux calciné de son crâne.

— Sur les lieux de ton forfait.  

Elle grimaça. Du sang coulait d’une plaie sous sa poitrine.

— Je… Pourquoi avez-vous laissé faire ?

— Je t’avais dit que l’opération Guet-apen ne te mènerait à rien.

Joanne fronça les sourcils. Le super-héros retira son casque. Des jets de vapeur bleus s’échappèrent des tuyères à la base de son cou et laissèrent apparaître un visage humain, incroyablement jeune, même si ses yeux brillaient d’un éclat étrange, et que des veines colorées parcouraient ses tempes et ses joues aux angles aigües. La vue de Joanne se brouilla. Malgré cela, elle l’avait immédiatement reconnu.

— Benoît, c’est toi ?

— Oui, ma chérie.

— Mais… je t’ai… tué…

— Il faut croire que non.

Il sourit. Derrière lui, des dizaines de Redresseurs venaient d’apparaître et s’activaient un peu partout. redresseur-copie-1.jpgDeux d’entre s’arrêtèrent à côté d’eux, ils transportaient une civière lumineuse sur laquelle reposait le corps d’un de leur semblable. Un trou béant dans sa combinaison, au niveau de la poitrine. Benoît lui retira son casque et posa la main sur son front, en se recueillant quelques instants.

Joanne s’arrêta sur le visage de l’inconnu, grand, jeune, aux traits familiers, même si elle n’arrivait pas à mettre un nom dessus.

— Je te présente notre fils, Lucas. Victime du fusil magnétique d’Alpha 1.

Sur le moment, elle ne voulut pas y croire. Sa vue se brouilla, elle toussa, du sang coula un peu plus. Elle s’agenouilla et passa les doigts dans les cheveux de l’enfant qu’elle n’avait jamais vraiment connu.

— Ce n’est pas possible…

— Il faisait partie de la première vague. Ceux qui ont été formés au début. Ta folie l’a tué.

Elle frappa des poings la poitrine de son fils. Les deux Redresseurs s’éloignèrent en emportant la civière. Elle tendit les mains pour les rattraper, mais Benoît l’en empêcha.

— Lâche-moi, hurla-t-elle en se débattant. Tu as toujours été l’un d’entre Eux ! Tu nous as trahi, Lucas et moi ! Tu l’as vendu à ces choses !  

Il sortit de sa combinaison un instrument plat qu’il apposa sur la peau de sa compagne. L’effet fut immédiat, les muscles de Joanne se détendirent et elle cessa de lutter.

— Je n’ai pas toujours été l’un d’entre Eux, reprit Benoît. Depuis que tu m’as tiré dessus, il y a plus de dix ans. 

— Qu’est-ce que tu racontes ? C’était hier… Ça t’a plutôt bien réussi, tu n’as jamais eu l’air aussi jeune.

— Nous subissons quelques modifications physiologiques. La maîtrise du temps nous permet bien des choses. Dont celle de passer des années en camp de Redressement pour revenir ici et appliquer la Politique.

— Voilà pourquoi tout le monde pensait que le Redresseur était unique. Voilà pourquoi vous étiez invulnérables.

— Oui, nous avons les moyens d’assurer des réparations, ou des remplacements, comme pour Lucas, lorsqu’il a été abattu. Nous trichons.

Elle s’approcha pour le prendre dans ses bras, il recula de deux pas.

— Non.

Refroidi par ce refus, elle fronça les sourcils et trouve une énergie nouvelle, malgré un corps de plus en plus douloureux.

— Qu’est-ce que la Politique ?

— Le grand dessein qui explique le Redressement, qui n’en est que la conséquence.

— Qu’est-ce que la Politique ?

— Le temps m’est compté, je n’ai même pas le droit de te parler.

— Réponds à la question.

Il baissa les yeux.

— Vous êtes sous tutelle.

— Alors c’est donc ça ? Une invasion ?

— Un… changement. Vous avez perdu votre droit à l’autodétermination le jour où vous avez sacrifié l’être humain sur l’autel de l’économie, du pillage environnemental, du profit, et de l’égoïsme.

— De bien belles paroles pour nous dire que nous sommes sous occupation militaire, dit-elle en boitant jusqu’à un gros bloc de béton où elle s’assit en haletant. Quelle est la suite du plan ?

— Nous ne sommes que de simples instruments. Nous allons poursuivre la Politique, jusqu’à ce qu’elle atteigne son objectif. Et puis, le Redresseur disparaîtra, je suppose.

— Bien sûr… railla-t-elle. Qu’allez-vous faire de toutes ces personnes ?

— Nous avons figé le temps. Ton explosion aura bien lieu, mais nous évacuerons les êtres qui ne méritent pas de périr.

— Vous choisissez qui doit vivre ou mourir. Comme Dieu ?

Benoît se figea. Les veines de ses tempes scintillèrent un peu plus.

— Je dois y aller. Je ne m’aventurerai pas sur ce chemin avec toi. Nous avons dû redresser les deux équipes qui t’accompagnaient, et d’autres personnes qui n’auraient jamais dû l’être, par ta faute…

— Vous n’êtes pas obligés de le faire.

— Nous nous devons d’être intransigeants. Si nous pardonnons, les terriens auront une marge de manœuvre que nous ne pouvons tolérer. Vous êtes comme cela.

— Je pourrais t’en parler des heures, de la marge de manœuvre… murmura-t-elle, le regard perdu dans le vague.

Il s’avança vers elle.

baiser.jpg— Vous êtes fous, reprit-elle. Vous avez tué, pillé, détruit ce qui faisait de nous des êtres humains. Et tous ces enfants que vous avez enlevés…

— Nous les formons, loin de votre société et de ses vices. Je n’ai plus le temps. J’ai une mission. Seconde chance n’est plus. Le Redresseur est en train d’arrêter de s’occuper de ton patron, Rob, et de dissoudre l’organisation.

Il dégaina une grosse seringue.

— L’aiguillon de la justice, lança-t-elle avec mépris. Tu parles.

— Je suis désolé.

Il l’embrassa tendrement. Puis lui enfonça la tige métallique dans la peau. Elle haleta et se colla à lui. Des stries bleutées parcourent sa peau, elle caressa la joue de son mari.

— Je t’ai toujours aimé, dit-elle avant de disparaître définitivement dans le néant.

Le silence retomba. Benoît resta une dizaine de secondes debout, le regard perdu. Il remit son casque et rejoignit les autres vers le spectacle figé qui s’offrait à lui. Les Redresseurs avaient presque fini d’évacuer les personnes qui rejoindraient leurs rangs. Il monta dans le wagon suspendu, s’approcha d’une petite fille terrorisée qui s’accrochait désespérément au sweat-shirt de son père, alors que les flammes commençaient à lécher la structure. Elle vivrait et deviendrait un Redresseur. Son père n’aurait pas cette chance.

Son regard glissa vers le lieu où Joanne avait disparu. Une larme coula le long de sa joue meurtrie.

 

Beaucoup trop de sacrifices pour donner une seconde chance à l’humanité…

 

 

 

 

FIN

 


Samedi 10 septembre 2011 6 10 /09 /Sep /2011 11:15
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photo_metro.jpgDes échos se propageant le long du tunnel. La vibration du métal et du béton. Deux points lumineux au fond du cylindre obscur grossissant peu à peu. Un métro en approche. Une main se crispant sur un journal, le craquement du papier gras sur les doigts.

Joanne, assise sur un banc en retrait de la station, cachée derrière les immenses pages de son journal, dégaina un talkie-walkie et le plaqua contre ses lèvres.

— Alpha, ici Commandement. Le train arrive, tenez-vous prêts.

Une seconde d’attente, interminable.

— Nous le savons Madame, annonça une voix visiblement excédée. Libérez la fréquence.

Joanne leva la tête vers les baies vitrées du plafond, à plus de quinze mètres de haut, qui arrivaient à peine à jeter sur les épaules des passagers une lumière blafarde, heureusement relayée par des néons. Elle expira, ces fenêtres sur l’extérieur diminuaient un peu la sensation d’étouffement qu’elle éprouvait. Sans faire attention à la remarque du Lieutenant, elle pressa de nouveau le commutateur.

— Bêta, êtes-vous sur site ?

Aucune réaction.

— Bêta 1, vous êtes en position ? Dans l’hovercraft ?

Le couinement des rails s’intensifia. La rame allait pénétrer en station.

— Jérémy ?

— Madame ! s’insurgea Alpha 1. Vous risquez de nous faire repérer, et vous nous exposez en utilisant nos vrais noms.

Joanne souffla. Elle se foutait bien de la sécurité. Si l’équipe Bêta n’était pas arrivée sur site, cela ne pouvait signifier que de mauvaises nouvelles.

— Alpha 1, vous vous permettez encore une remarque et vous passerez le reste de votre vie à nettoyer les éprouvettes de prélèvements. Arrivez-vous à communiquer avec Bêta ?

Elle avait parlé un peu trop fort. Les gens qui attendaient sur le quai s’étaient détournés et la fixait avec curiosité. Sans se méfier. La suspicion n’existait plus, dans un monde où les relations étaient réglementées par une puissance supérieure.

— Nous avons perdu le contact avec eux après la réussite de la première partie de la mission.

L’écho s’intensifia. Il était trop tard pour s’inquiéter. Joanne se prépara à activer le chronomètre. Dix secondes après l’ouverture des portes, la bombe devait exploser et faire des centaines de morts. Mais le Redresseur interviendrait, le Redresseur sauverait toutes ces victimes innocentes, et elle serait la première à le capturer grâce au PHV.

Elle appela une dernière fois Bêta, mais n’obtint qu’une suite ininterrompue de parasites. Elle se mordilla la lèvre inférieure. Le serpent de métal apparut à la vitesse de l’éclair et se déroula le long du quai. Il freina brusquement, puis s’immobilisa au fond du quai.

Une pression sur le bouton de sa montre.

Dix secondes. Les portes s’ouvrirent, les premiers passagers pressés s’expulsèrent comme si leurs vies en dépendaient. À raison, pensa-t-elle. Elle guetta les alentours. Pas de traces du Redresseur.

Neuf secondes. Un souffle glacé lui parcourut le dos. La cohue était importante. Il y avait beaucoup de familles. Des parents avec de jeunes enfants.

Huit secondes. Que faisait-Il ? Pourquoi n’était-Il pas là ? Et s’Il n’était pas au courant ?

Sept secondes. Les pointes des fusils magnétiques de l’équipe Alpha émergeaient des grilles de ventilation et fouillaient la station. Le périmètre était bourré d’angles morts à cause de l’absence de Bêta.

Six secondes. Elle repensa à l’explosion de l’usine solaire Vladistok, deux ans auparavant, qui avait tué dix personnes. Le rapport d’analyse avait montré que certains événements passaient à travers les mailles du filet du Redresseur. Qu’Il n’était pas infaillible. Elle hésita.

Cinq secondes. Rob avait raison. Trop raison, même. La marge de manœuvre existait. Elle se leva, lâcha son journal. Il tomba au sol, sous le regard réprobateur d’une personne âgée assise un peu plus loin. Elle pensa à Ben. Elle l’avait sacrifié pour ça. Pour rien.

explosion-metro.jpgQuatre secondes. Le Redresseur n’était pas intervenu hier, il l’avait laissée tuer Benoît… Pourquoi ?

Trois secondes. Il voulait qu’elle croie que son opération avait une chance de réussir. Il avait un dessein. Talkie-walkie fébrilement porté aux lèvres, elle lança l’ordre d’annulation de la mission.

Deux secondes. Aucun retour. Un grésillement. Elle plissa des yeux. Les pointes des fusils magnétiques avaient disparu.

Une seconde. Ses jambes se tendirent, elle se précipita en criant, bousculant le flot de passagers. Elle s’arrêta quand elle aperçut au loin, au fond du quai, deux éclats jaunes qui la fixaient. Le Redresseur.

 

Un éclair jaillit des rails. Un bruit sourd. Une lumière aveuglante.

Une boule de feu prit soudain naissance sous le wagon, l’élevant vers le plafond comme une plume. Le souffle projeta Joanne contre le mur qui vibra. Des hurlements horrifiés résonnèrent partout, le bouillonnement de feu se déchaîna et vint crépiter sur des corps qui se contorsionnaient pour sauver leur vie.

 

 

À suivre…

 

Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 23:06
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metro_piliers.jpgQuatre respirations à peine perceptibles au fond du tunnel où de gros ventilateurs hurlent à plein régime. Quatre silhouettes se déployant dans la galerie de maintenance aux relents de moisissures. Des rats pris en flagrants délits dans le faisceau des lampes torches, se figeant avant de détaler. Une main se portant à l’oreillette.

— Alpha, ici Bêta. Nous avons rejoint notre position.

Un instant de silence, puis un grésillement.

— Bêta, ici Alpha. Compris. On coupe le jus dans vingt secondes. La rame sera sur vous dans moins d’une minute.

— Reçu. Terminé.

— Terminé.

Bêta 1 fit glisser dans la paume de sa main la fibre optique qu’il guida le long de la paroi, et qu’il fit affleurer à la surface d’une grille au plafond, vers l’imposant boyau strié par les rails du métro. Sur l’écran embarqué relié à la fibre, une vue parfaite des voies s’offrait à lui. Les lumières d’une station noire de monde, brillaient au loin, comme un phare dans la nuit.

— Colonel. Permission de parler ?

Bêta 1 souffla dans l’air frais, puis se résigna. Son subordonné ne respectait pas le protocole, mais qui pouvait encore l’évoquer depuis le démantèlent des services spéciaux, dix ans auparavant ?

— Allez-y, Lieutenant.

— Si le Redresseur ne se pointe pas comme prévu pour désamorcer la bombe ? Si nous tuons ces personnes ? Ou s’Il nous redresse ?

Il n’aurait jamais toléré avant qu’on puisse remettre en cause la mission.

— Nous agirons en professionnels. Vous avez votre fusil magnétique et vous savez vous en servir. Pour les civils, ce sont les ordres. Vous n’avez pas à penser. Faites comme avant.

— Colonel, insista le subordonné. Ça fait un bail que nous ne sommes plus intervenus sur le terrain, vous pensez que nous serons de taille à lutter contre le Redresseur ?

— Lieutenant, si vous tenez de tels discours, vous êtes déjà morts. Vous pensez trop. C’est notre mission, le cerbère de Rob Schneider nous l’a ordonnée. Point barre.

— Je suis sûr que cette vieille peau doit être planquée à la station à nous surveiller.

Soudain, les lumières blafardes du tunnel de métro s’éteignirent complètement sur l’écran relié à la fibre optique. Des crissements métalliques se firent entendre au dessus d’eux, des vibrations secouèrent le béton humide.

— Le métro est en train de freiner. Tenez-vous prêts !

Les deux autres soldats tapis dans l’ombre, qui n’avaient pas prononcé un mot mais qui n’avaient pas perdu une miette de la conversation, manipulèrent les armes imposantes qu’ils tenaient entre les mains. Le fusil magnétique à projectiles à hautes vélocités, ou PHV, leur avait expliqué Joanne la veille lors du briefing avec le Général Alex Topovitch. Une merveille de technologie censée mettre hors d’état de nuire la combinaison du Redresseur en grillant tous ses circuits électroniques. Fruit d’une technologie développée des années durant dans ce qu’il restait de laboratoires secrets.

tunnel.jpgLe métro s’immobilisa complètement au dessus de la grille. La fibre optique se contorsionna et disparut comme un vers effrayé par un oiseau. Le Colonel l’enroula autour de son avant-bras et la rangea dans son sac, puis il se hissa à l’échelle, et souleva la grille. Le ventre du train s’offrait à lui.

Un bruit étouffé émana des cabines, le chauffeur annonçait une panne électrique normale, et le rétablissement de la circulation dans les prochaines minutes. Le corps de l’officier se tortillait le long des rails électrifiés, pendant que son équipe prenait position aux points stratégiques, lunettes infrarouges pointées dans toutes les directions pour capter une éventuelle intrusion. Bêta 1 arriva en vue de sa cible, le compartiment 3, et fixa un pain de C4 avec détonateur sur l’essieu. Il se figea un instant, croyant percevoir un mouvement dans une galerie annexe, puis lança l’ordre de rabattement. En moins de trente secondes, l’équipe avait retrouvé sa position initiale.

— Alpha, mission accomplie, lança-t-il à la radio. Aucune résistance ennemie.

Les lumières se rétablirent aussitôt, comme par enchantement. Des turbines se réactivèrent un peu partout, le métro repartit au pas vers son destin, dix stations plus loin.

— On ne s’endort pas, reprit immédiatement l’officier. Nous devons rejoindre les autres.

Il prit la tête du convoi et courut pour remonter le tunnel de maintenance. Ils déboucheraient ensuite sur le réseau d’évacuation d’eau fluviale, où un hovercraft les attendrait pour les amener à leur prochaine position.

Soudain, un cri résonna. Le Colonel s’arrêta et se retourna, mais il n’y avait plus personne. Ses hommes avaient tous disparu. Il pointa immédiatement son fusil magnétique et activa sa vision nocturne. Rien. Il appela. Aucune réponse, même étouffée. Sa respiration s’accéléra, son rythme cardiaque bondit. Un sentiment d’angoisse le submergea.

Une forme sombre se détacha dans la noirceur du tunnel. Deux lumières jaunes brillaient. Ses yeux. L’index de Bêta 1 pressa la détente. Les projectiles bleus filèrent en laissant flotter dans l’air des traînées arachnéennes violettes, les impacts électriques se brisèrent sur la combinaison du Redresseur qui venait d’apparaître dans son champ de vision. Celui-ci s’arrêta net. Le Colonel sourit. Son ennemi paraissait sonné. Il s’approcha, prêt à lancer une nouvelle salve.

— Qu’as-tu fait de mon équipe ?

Le Redresseur marmonna quelque-chose, puis reprit sa marche. Le Colonel tira de nouveau, mais, cette fois, l’effet fut nul. Les balles éclatèrent sur le torse de son adversaire comme de vulgaires gouttes d’eau.

Bêta 1 baissa son arme et se résigna. Cela ne servait à rien de lutter.

 

À suivre…

Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 00:16
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quais.jpgUne nuit agréable et fraîche. Des étoiles dévoilant leurs éclats lointains dans le ciel nocturne débarrassé des éclairages publics trop lumineux. Des rues qui respirent l’immuabilité, sans leurs affichages publicitaires, leurs tags, avec leurs façades bien entretenues et leurs parterres de verdures. Des pensées. Un retour dans la chaleur du foyer.

Lorsqu’il rentra de sa promenade digestive, grignotant la fin du cornet de glace qu’il savourait toujours sur les quais, Benoît eut la surprise de trouver son épouse en train d’explorer les placards de la salle-de-bain.

— Tu rentres tôt, pour une fois, lâcha-t-il en allant laver ses doigts collants de coulis de framboise.

— Je viens chercher de quoi me changer, dit-elle sans même un regard en ouvrant le tiroir de la commode dans la chambre. L’opération « guet-apens ». Je vais travailler toute la nuit. Avec de la chance, nous pourrons enfin avoir des réponses à nos…

— Je te quitte, Joanne.

Elle leva les yeux de son sac et fixa enfin son mari, adossé à l’encadrement de la porte.

— Quoi ?

— Dès demain. Je pars m’installer dans les nouvelles tours du centre-ville.

Joanne sentit sa cage thoracique se resserrer contre ses poumons. Elle ravala un sanglot, puis presque immédiatement, sentit un feu intérieur dévorer son esprit. Elle attrapa tranquillement un tailleur.

— Et pourquoi, je te prie ? lâcha-t-elle d’un ton glacial qui dissimulait mal ses émotions.

— Nous n’avons plus rien en commun. Tu es… obsédée par ta quête vouée à l’échec.

— Au moins je tente quelque-chose, plutôt que de me résigner à la dictature. J’ai trouvé un sens à ma vie, tandis que toi tu fais du gras dans le canapé.

Benoît serra les poings, et dans un accès de rage, balaya le dessus de la commode avec le bras et envoya valser tous les bibelots à terre.

— Merde ! C’est moi qui ai trouvé un sens à ma vie, comme tous les terriens depuis que le redresseur est là. Tu n’es bonne qu’à détruire ce qui nous arrive. Tu tues la poule aux œufs d’or pour voir ce qu’il y a l’intérieur !

— Ne me parle pas comme ça ! Il n’y a plus de liberté, notre justice est ravagée à cause de…

— L’humanité s’est toujours battue pour cela, pour la vraie justice. Nous l’avons !

— Non, la vraie justice est celle que nous choisissons, pas celle imposée d’un idiot en collant.

— Et pourquoi tout allait si mal à l’époque ? Parce que nous n’arrivions à rien, nous étions livrés à nous-même ! Tu devrais être de notre côté ! Tu étais flic, toi aussi !

— Écoute tes paroles, bon sang ! cracha Joanne. Tu as parfaitement assimilé l’endoctrinement de cette idéologie nazie. Heureusement que la résistance s’organise autour de Seconde Chance et que nous luttons pour…

— Lucas s’est fait tuer il y a vingt-cinq ans. Il serait en vie, aujourd’hui, si le redresseur était arrivé plus tôt !

Elle arma son bras et lui envoya un coup de poing en pleine figure. Benoît chancela et alla percuter une armoire, avant de s’écrouler au sol.

— Ne parle plus jamais de notre fils, dit-elle en s’agenouillant devant lui et en plantant ses yeux dans les siens.

tache.de.sang.gifBenoît renifla. Du sang coulait de ses narines douloureuses.

— Je ne te reconnais plus, dit-il en s’essuyant du revers de la manche. Tu es folle... Ta quête est désespérée, illusoire, et demain tu vas faire sauter une rame de métro rien que pour prouver ta bêtise.

Elle vacilla un instant, étonnée.

— Oui, je sais ce que tu comptes faire… reprit-il, avec défiance. Tu as galvaudé l’esprit initial de l’opération. Si Dougman dirigeait encore Seconde chance, et pas ce crétin de comploteur arriviste de Rob Schneider, jamais cela n’aurait été…

— Espèce de salaud, tu as fouillé dans mes papiers. Tu n’es même plus digne du peu de confiance que je t’abandonnais.

— Je n’ai pas eu à fouiller. Seulement à me pencher, siffla-t-il en sortant de la poche de son jean la feuille qu’elle avait laissé échapper le matin même.

Il jeta la boule chiffonnée à ces pieds. Joanne la déplia et l’étudia un instant en se mordant la lèvre inférieure. Elle avait commis une énorme erreur. Tous les détails de l’opération à venir en quelques paragraphes : l’attentat dans le métro pour attirer le redresseur, les équipes d’intervention, le fusil magnétique à projectiles à hautes vélocités, une arme développée spécifiquement pour capturer le super-héros.

— Ça ne change rien.

— Comment ai-je pu tomber amoureux de toi ?

— Tu n’as qu’à aller voir Cora, elle qui est si parfaite.

— Il n’y a jamais rien eu entre elle et moi.

Il se releva difficilement et épongea sa blessure avec un mouchoir. Il quitta la pièce quelques secondes pour réapparaître, son portable à la main.

— Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda Joanne qui faisait coulisser la fermeture éclair de son sac.

— J’appelle ce qu’il nous reste des services d’urgence, les vrais, pas ton organisation de merde. Je vais tout leur dire.

— Rob avait raison, dit-elle en fouillant nerveusement dans le sac en papier qu’il lui avait donné. Tu ne comprends rien.

Il s’arrêta de pianoter sur le clavier et baissa son regard vers l’objet qu’elle tenait dans la main.

— Qu’est-ce que tu fais ? dit-il calmement. C’est une idée de Rob, ça aussi ?

— Pose ton smartphone.

Le pistolet avec silencieux était pointé droit sur son thorax.

— Non, je les appelle, se résigna-t-il. Il va falloir que tu me tues. De toute manière, le Redresseur sera là avant même que

Un hoquet nerveux l’assaillit soudain. Son téléphone rebondit sur le parquet et se mêla aux morceaux de porcelaine et de cristal qui jonchaient le sol. Il mit sa main sur son estomac où un liquide épais, rouge, s’écoulait lentement.

— Et là, tu crois encore que tu vas être sauvé par ton demi-Dieu ? cracha-t-elle, les yeux révulsés.

Benoît s’affala au sol, sans un mot. Elle regarda nerveusement autour d’elle. Le Redresseur n’était pas intervenu, et ne comptait visiblement pas le faire. Rob devait avoir raison, une marge de manœuvre devait exister.

Elle remit l’arme dans le sac, mit la lanière de son sac sur son épaule, et enjamba le corps agonisant de son mari pour se diriger vers la sortie, les joues trempées de larmes.

 

 

Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 16:37
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