Semaine de la presque-mort

 

 

canaillou.jpgJ'étais étudiant à l'époque (je n’avais pas encore la joie de connaître la lumière de ma vie, Ava, rencontrée six mois plus tard), et je travaillais durant l’été dans un hypermarché sur la Côte d’Azur. À remplir les rayons, de nuit, afin de ne pas gêner les clients, et surtout, vice-versa.

 

Le dépôt de marchandise est immense, avec ses rayonnages qui atteignent un plafond à dix mètres de haut et qui débordent de produits aussi divers que variés : des cartons de couches, des boîtes de conserve, des packs d’eau, etc. Je me démène avec un transpalette pour extirper des palettes mal rangées.

Je suis occupé à récupérer les palettes de lessive oubliées là depuis trois semaines pour les amener en tête de gondole. Un cariste, à côté, est en train de gerber les siennes (point culture : gerber, dans ce métier ô combien passionnant, ne signifie pas qu'il est en train de rendre tripes et boyaux dans le caniveau après une soirée bien arrosée, mais de simplement monter sa marchandise en haut des tablettes pour les stocker).

 

Je n’arrive à rien dans cet espace confiné, je bataille, je m’énerve, je force. Soudain, j’entends un craquement énorme. Je stoppe ma manipulation, pensant que j’ai abîmé quelque-chose, puis je vois le cariste descendre de sa machine et hurler en me faisant de grands signes.

Je lève les yeux au ciel, un paquet de croquettes de 5 kg s’écrase à mes pieds. Je me jette sur le côté, juste à temps pour voir dévaler de trois mètres de haut une centaine de sacs supplémentaires.

 

Mon transpalette est enterré. Une poussière épaisse envahit l'atmosphère, aux relents de viande épicée « pour la joie de tous les toutous ». Le cariste est penché, les mains sur les cuisses, le souffle court. Il a un peu trop poussé son colis sur l’étagère, c'est ce qui a fait basculer la palette, et failli me tuer.

Je l’aide à ramasser les sacs, nous jetons ceux qui sont éventrés, mais la grande majorité a tenu le choc.

Mon transpalette n’a pas souffert, à part une substance poisseuse mélangeant poussière et graisse qui s'est inscrutée un peu partout. Personne n’a assisté à la scène, les chefs de rayon n’étaient pas là. Je lui promets de rester discret. Il me file une tape dans le dos, tout sourire.

Et je réalise à cet instant que j'ai failli mourir de la façon la plus stupide qui soit, digne d'un mauvais zapping de Morandini.

 

 

Et voilà ! C'est sur cette merveilleuse aventure que cette belle série de presque-mort s'achève ! Pour le moment, j'ai donc remporté la victoire sur la grande faucheuse sur un fabuleux score de 6 à 0. J'espère juste que le nombre ne passera jamais à 1 de l'autre côté (du moins, pas avant que je ne me mette à oublier mon prénom et à répéter sans arrêt que la nouvelle vague d'immigration vénusienne va voler tous les emplois des braves terriens ;-) ).



 

 

Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 10:15
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Une tranquille après-midi de promenade.

 

4958031242_2b6037a56b.jpgAvec Ava, nous revenons de notre balade dans le parc. Nous longeons un terrain vague en travaux, de gros camions chargés de gravats sont garés au milieu de la rue, le long du trottoir. Au bout de cent mètres, le cheminement est interrompu par un amoncellement de barrières. Un panneau « Piétons, passez en face » est jeté négligemment à côté. Bon, nous savons ce qu’il nous reste à faire...

Nous nous faufilons entre deux poids lourds stationnés à moins d’un mètre l’un de l’autre. La visibilité est nulle, nous nous sentons oppressés au milieu de ces mastodontes. Je m’engage prudemment devant, prêt à jeter un œil discret afin de repérer si nous pouvons traverser la route. Ava retient mon bras pour éviter que je ne marche dans une flaque de boue. Je me retourne pour la remercier.

Soudain, un énorme fracas retentit. Un poids lourd, qui se dirigeait droit sur nous, a été stoppé net par nos deux camions protecteurs qui ont été violemment plaqués contre le trottoir. La masse d'acier fumante est encastrée à moins de cinquante centimètres de nos corps si fragiles. Nous n’avons rien, nous sommes debout, nous sentons l’haleine chaude du moteur sur nos visages.

 

Quelques minutes plus tard, le chauffeur, tremblant à l'idée de ce qui aurait pu arriver, nous explique qu’il a « simplement » raté son virage, mais qu'il n'allait pas trop vite. Oh ça non.

Nous nous fixons avec Ava. Si elle ne m'avait pas retenu, j'aurais été un mètre plus loin, à vérifier si personne n'arrivait pour traverser.

 

La vie, ça tient parfois à la personne qui vous empêche de marcher dans une flaque de boue.

 

 

 

 

Vendredi 29 octobre 2010 5 29 /10 /Oct /2010 18:50
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tempete.jpgAdolescence. Boutons sur la figure, voix en pleine mue, premiers poils sur un torse large comme une boîte d'allumette, parents qui ne comprennent rien à la vie « trop dure » que je subis.

C’était lors de l’été sur la Côte d’Azur, il faisait beau, il faisait chaud. Avec une bande d’amis, nous avions décidé de profiter du grand soleil prévu durant la journée pour faire une balade en mer.

 

 

Sylvain sort le bateau pneumatique de ses parents du box de club de voile avec un air triomphant. Je suis agréablement surpris. C’est spacieux, confortable, mais sans moteur. Animé par la seule force de nos bras musclés et virils, parce que les filles décident unanimement de ne pas ramer (même que cela nous arrange afin de pouvoir faire nos démonstrations de forces pures).

La matinée se passe tranquillement, nous longeons la côte et nous nous aventurons un peu au large. À la mi-journée, nous pique-niquons sur un récif. Ce n’est pas très pratique, nous sommes serrés comme des sardines, mais nous sommes fiers de bivouaquer au milieu des flots infinis, dans des lieux d’initiés auxquels seuls les marins les plus aguerris peuvent accéder.

Nous reprenons la mer. Alors que nous ramons rêveusement en admirant le paysage, la brise se lève. Des nuages gris apparaissent, le temps se fait sombre. Nous avons peur de prendre la pluie, et, étant donné que l’après-midi est bien entamée, nous décidons de rentrer.

 

La plage est encore loin. En moins de vingt minutes, les conditions climatiques changent du tout au tout. Le ciel s’obscurcit, le vent devient violent, les vagues secouent notre frêle esquif.

Nous suivons notre cap, un peu plus nerveusement. Et puis, soudain, un rouleau énorme projette notre bateau contre les récifs. Nos sacs tombent à l’eau, nous rattrapons Aurélie de justesse avant qu’elle ne passe par-dessus bord. Nous pagayons pour nous éloigner au large, au prix d’efforts épuisants. Le canot a souffert, il est percé. Il se dégonfle peu à peu. L’eau de mer s’infiltre partout, les courants trop puissants nous amènent au large.

 

Nous pataugeons dans cinq centimètres d’eau. Avec mes amis, nous nous jetons à la mer pour limiter le poids. Les filles restent à l’intérieur (avec un peu de chance, si nous nous en sortons vivants, elles accepteraient enfin de coucher avec nous pour nous remercier de notre bravoure et de notre courage). Nous nous agrippons aux cordages. Ça ne sert à rien, le canot est devenu un sous-marin. Les vagues sont monstrueuses, nous sommes ballottés comme des morceaux de bois, j’avale trois litres d’eau à chaque mouvement. Nous sommes épuisés. Les conditions sont exécrables. La pluie commence à tomber.

 

Et, en un instant, miracle. La responsable du stand de planche à voile, que nous connaissons bien, et qui passait par là récupérer deux véliplanchistes surpris comme nous par la tempête, nous repère et vient à notre rescousse. Dans son gros bimoteur, elle ne craint rien. On grimpe dans la barge, on prend le peu d’affaires qu’il nous reste et notre simulacre de canot.

Nous débarquons moins de cinq minutes plus tard sur la plage, tranquillement. Retour à la normale.

 

Ici, le temps ne paraît pas aussi hostile. Les enfants jouent dans les vagues, heureux d'avoir enfin un peu d'action, sous les yeux bienveillants de leurs parents.

 

 

 

 

Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 13:36
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Jsnowboard.jpgEn vacances avec Ava à la montagne, au ski. J’ai décidé de m’initier au surf des neiges. Le propriétaire du magasin de location m’a expliqué à quel point cette discipline était simple, que tout se résumait à une simple question d’équilibre, qu’il suffisait de se laisser glisser et « d’accompagner le mouvement naturel de la planche sur les cimes enneigées ». C’était donc persuadé de pouvoir réaliser des acrobaties vertigineuses au Half-pipe après une petite demi-journée d’entraînement, que je m’engageais sur les pistes...

 

Mon visage s’écrase dans la poudreuse immaculée. C’est froid, humide. J’en ai marre. Je me relève difficilement. Le concept d’avoir les deux jambes attachées au même endroit est trop novateur pour moi. Je ne maîtrise rien, je ne parviens pas à me diriger. Je me contente de dévaler la piste en « feuille morte », et je chute ou je me jette volontairement au sol dès que je m’aventure en dehors des chemins balisés.

Ava s’arrête à côté de moi. Elle est à ski, elle ne connaît pas la formidable expérience « d’accompagner le mouvement naturel de la planche sur les cimes enneigées ». Elle se moque de moi, puis elle me demande si je veux changer mon équipement. Je lui martèle que non, que je vais réussir à maîtriser cet engin de malheur. Que je suis un homme viril et puissant, que ce n'est pas une bête planche de sapin verte fluo avec des sigles tribaux qui va avoir raison d'un être censé et intelligent !

 

Je retire la neige compactée autour de mon blouson et de mon pantalon. Je lance une brève impulsion et me voilà recadré dans la bonne direction. Je prends immédiatement trop de vitesse, et celle-ci est loin d’être mon alliée.

Mon surf se plante dans une congère. Mon corps part en rotation tandis que la planche et mes pieds restent fermement ancrés. Je découvre une nouvelle sensation : l’impression de sentir mes os se déboîter de mes genoux...

Ava maîtrise parfaitement ses skis, elle dérape en bas de la pente et dégaine l’appareil photo. Elle doit déjà en avoir une bonne centaine… Moi par terre, moi en train de tomber, moi déjà tombé, moi couvert de neige etc. Je place ma planche dans l’alignement, et je recommence mon petit manège.

 

Nous arrivons enfin à la station. Je suis glacé, trempé, et meurtri. J’ai avalé trois kilos de neige, et mon poignet est anormalement douloureux. Mais il est seulement onze heures, alors nous décidons de remonter une dernière fois avant d’aller manger.

Nous nous plaçons dans la file d’attente. Je cherche frénétiquement mon forfait dans mes couches de vêtements, je le retrouve après une minute de bataille contre mon pull. Les skieurs devant nous se placent et s’assoient sur la rangée de sièges qui se précipite sur eux. Le stress monte.

C’est à nous. Je donne une brève impulsion sur ma planche, je manque de m’affaler au sol, mais j’arrive à me stabiliser sur la ligne rouge. Le télésiège surgit derrière le pilier, je me prépare.

Soudain, mon surf s’échappe. Un de mes pieds est ancré, je tombe et je dérape le long de la pente, en plein milieu de la machinerie, et pile sur la trajectoire des autres sièges qui dégringolent des sommets. Un marchepied arrache mon bonnet, manquant de me décapiter. Je me jette au sol.

Ma joue embrasse la glace. J’essaie de ramper maladroitement pour m’éloigner.

Et puis j’entends une clameur s’élever. Je n’ose relever la tête.

— C’est bon, mon con ! Tu peux y aller !

J’extirpe mon visage du sol, et je fixe un opérateur énervé. Il a arrêté le télésiège, et me fait comprendre par des gestes secs que la plaisanterie est finie et que je dois dégager les lieux.

Je me mets debout, un peu dépité, et je fais le tour pour me réinsérer dans la queue. Les gens me désignent et rigolent. Ava m’attend sur le côté, inquiète. C’est elle qui a prévenu le machiniste. Je la rassure immédiatement en lui disant que seule ma dignité a été blessée…

 

Et que je serais bientôt un Dieu du surf.

 

 

 

 

Mercredi 27 octobre 2010 3 27 /10 /Oct /2010 15:08
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