Werber : Papillon des étoiles

 

La sixième (et dernière) nouvelle d'un cycle conçu d'après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre raconte l'histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d'un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte l'histoire de ceux qui sont restés... (partie 1 ici, partie 2 ici, partie 3 ici, partie 4 ici, et partie 5 ici)

 

 

 

An 85

 

4613721892_5d51372f89.jpgAnna décala le dépose-plat du revers de la main et déploya la carte numérique sur la table. Elle l’étudia un instant, puis la présenta à son compagnon.

Je l’ai téléchargée au consulat ce matin. Ce sont les zones de regroupement.

John cala son épaule dans l’encadrement de la porte et croqua dans sa pomme.

Tu es sûre que tu veux le faire ? Ne te sens pas obligée. Je préférerais qu’on le fasse, mais c’est ta maison. Et je peux comprendre. Nous pouvons continuer à vivre ici toute notre vie. C’est juste qu’on ne pourra la vendre qu’à l’ONU.

Je sais. Je pense que c’est plus intelligent de partir maintenant. C’est une bonne idée de redonner certaines zones à la nature. L'immense parc naturel d'Europe occidentale, ça sonne bien. En plus, mon père aurait été le premier à nous mettre dehors s’il avait vécu assez longtemps pour voir son projet se concrétiser.

John tira d’un tiroir une feuille écran qu’il déposa sur la carte.

Bon, dans ce cas, nous pouvons lancer les démarches auprès de l’ONU. Ils nous donneront un logement UHQE, en Grèce, je crois. Et j’en profiterai pour demander une formation pour me réorienter. J’en ai marre de travailler au marché.

Il attrapa son stylet et commença à griffonner sur l’écran flexible. Anna s’avança vers la fenêtre de la maison.

Ma famille a parcouru beaucoup de chemin.

Elle soupira.

Antoine Rafal, le « sauveur de l’humanité », et mon grand-père, Marc, qui a assisté au premier décollage du Papillon des Étoiles. Sans oublier mon grand oncle, le fondateur de ESPACE.

John valida le formulaire pré-rempli et le chargea sur la base. Il apposa son empreinte digitale sur le capteur. Il n’attendit pas le message de confirmation, et alla rejoindre sa compagne.

Ta famille a eu une destinée particulière. D’un côté ceux qui ont permis de fuir, de l’autre ceux qui ont construit une vie meilleure ici.

Tu es heureux ?

Je vis dans un monde chaque jour plus juste. Oui, je suis heureux.

Ce n’est pas toujours facile. Nous faisons encore des erreurs, mais nous sommes humbles, à présent. Et responsables. L’humanité a franchi un immense gouffre. Elle en est ressortie plus forte.

Une hirondelle se posa dans un arbre devant eux.

Pile à l’heure.

Oui, le monde tourne enfin rond.

Elle ferma les yeux, et se gorgea de ce nouveau printemps.

Que crois-tu que sont devenus tous les voyageurs ? Du Papillon des Étoiles, et les autres ?

Je ne sais pas. Ils n’arriveront pas avant un bon millier d’années. Et s'ils ne disparaissent pas, ils recommenceront leur cycle de destruction. Parce qu’ils n’ont pas encore grandi, ils ne sont pas encore responsables.

 

FIN

 

Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 09:05
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La cinquième nouvelle d'un cycle conçu d'après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre raconte l'histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d'un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte l'histoire de ceux qui sont restés... (partie 1 ici, partie 2 ici, partie 3 ici, et partie 4 ici)

 

 

An 50

 

4537230526_5a6fa76168.jpgLa place du marché était toujours autant fréquentée, malgré les températures polaires qui s’étaient abattues depuis mercredi. Avec des pointes à moins quarante-trois degrés, le froid si mordant, qui avait surpris, paralysé et tué les premières années, ne devenait qu’une contrainte supplémentaire à un quotidien difficile. L'isolation thermique était devenue vitale, les greniers à bois étaient plus garnis, les capteurs solaires mieux entretenus, les éoliennes optimisées.

La petite fille, emmitouflée dans un épais manteau de laine, stoppa soudain en plein milieu de la rue, et désigna une flèche lumineuse dans le ciel lointain.

Papa ! Papa ! C’est quoi ?

Antoine leva la tête.

C’est une fusée.

Tu m’avais dit que ça n'existait plus !

Oui, je le pensais aussi.

Il tira légèrement sur le bras de la petite pour la faire avancer. Mais Anna n’arrivait pas à défaire son regard du point qui s’échappait de l’atmosphère. Il attrapa un mouchoir dans la poche de sa polaire et nettoya le liquide clair qui coulait de son nez. Puis il réajusta ses lunettes de protection et son écharpe.

Mouche-toi, ça va geler. Et puis, les fusées, il y en aura toujours un peu.

Évidemment, lança une jolie jeune femme qui tendait un ensemble de légumes à un vieil homme. Il y aura toujours ceux qui préfèrent tenter leur chance ailleurs. Surtout quand l'hiver devient un enfer.

Bonjour Sophie, répondit joyeusement Antoine, en jetant un oeil à l'étal. Des poireaux ?

Non, demain, dit-elle en reniflant.

Je ne sais pas comment tu fais pour tenir toute l'après-midi.

On s'habitue. Et puis, un brasero, une triple épaisseur de doudoune, une tisane à la camomille toute les heures. Bain chaud en rentrant, friction et massage par son petit-ami.

Je ne veux pas en savoir plus.

Elle sourit.

Et toi, alors. Le représentant de l'institut de climatologie a-t-il de bonnes nouvelles à nous annoncer ?

Les catastrophes habituelles. Et c'est officiel, l'Amérique du Nord est déclarée zone morte. Sous la banquise.

Heureusement que vous êtes là pour nous le dire...

Tu voulais avoir des nouvelles, tu en as. Sinon, d'après nos simulations, le pire est encore à venir, pour au moins cinq ans. Les courants océaniques ralentissent, ils reviendront progressivement à la normale dans une trentaine d'années.

Je préférais finalement quand tu ne disais rien... Bon, au moins, quand il fait froid, il n'y a pas de tornades. Mais il va falloir racheter une quatrième couche de vêtements.

Antoine se mit à rire. Une buée blanchâtre s’échappa de sa bouche avant de se cristalliser et de tomber au sol. Il la remercia puis poursuivit sa route. Il salua quelques commerçants, acheta un morceau de bœuf en réfléchissant à la quantité de viande que la famille avait consommé cette semaine. À priori, il restait en dessous du quota de l’ONU. Il vérifia son panier, il avait tout. Il ne fallait pas traîner, les aliments allaient geler.

Ça te dirait des pommes ? demanda-t-il à Anna.

La petite fille, qui errait à côté, comme pour marquer son indépendance, agrippa la manche de son père.

Pourquoi y a encore des gens qui s’en vont ?

Certains n’aiment pas notre vie. Ils trouvent que c'est dur par rapport à avant. Que le prix à payer est trop lourd. Ils pensent que ce sera mieux ailleurs. Et ils ne supportent pas qu’on leur interdise d’utiliser les voitures ou les téléphones portables, de ne plus faire autant d’enfants qu’ils le désirent, de ne plus devenir très riches.

Le papa de Pierre a dit qu’on n’était plus libres…

Le papa de Pierre se trompe. Il pense que la liberté, c’est de faire ce qu’il veut quand il veut. Alors que non, elle implique une responsabilité qui est d’autant plus importante que la liberté l’est. Cela va ensemble.

Antoine attrapa une pomme sur un étal et la tendit à Anna. http://nsm02.casimages.com/img/2009/08/17//090817120428270644265197.jpg

Tu vois, en ce moment c’est la saison des pommes. On en mange beaucoup parce que c’est bon. Quand ce ne sera plus la saison, il n’y en aura plus. Avant il y en avait toute l'année, parce qu’on les faisait pousser dans des endroits chauffés, où parce qu’on les faisait venir de loin. Maintenant c’est fini. On produit localement ce dont nous avons besoin.

Mais Maman, elle me dit que les bananes ça vient d’Afrique.

Oui, et elles sont très très chères. Il ne faut pas en consommer trop sous nos latitudes, et il faut aussi que les agriculteurs qui les cultivent là-bas gagnent suffisamment d’argent pour nourrir leur famille tout en respectant la terre.

Moi j’aime bien les bananes…

Antoine tendit la pomme au commerçant en lui en demandant une dizaine d’autres.

Tu t’en lasserais au bout d’un moment. L’abondance ne crée pas la satisfaction, au contraire.

J’comprends rien.

Ne t’inquiète pas. La seule question que tu dois te poser, c’est : quelles sont les conséquences de tes gestes ? Plus l’impact est important, plus tu dois limiter la portée de ton action. Et si tu ne peux pas faire autrement, tu dois en compenser les effets. C’est ça, ce qu’on appelle… ?

Je sais ! Mme Pignon nous en parle tout le temps ! La responbilté !

Il se releva en riant.

Bien, c’est presque ça. Plus les gens sont responsables, plus ils sont heureux.

Il embrassa sa petite fille sur la joue.

 

 

A suivre...

Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 09:26
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La quatrième nouvelle d'un cycle conçu d'après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre raconte l'histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d'un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte l'histoire de ceux qui sont restés... (partie 1 ici, partie 2 ici, et partie 3 ici)

 

 

 

An 35

 

http://www.greenpeace.org/raw/image_full/france/photosvideos/photos/le-siege-des-nations-unies-a-n.jpgLe jeune homme se fraya un chemin au milieu des assemblées compactes. Les délégations erraient entre les tables sans trop savoir où se placer, cherchant désespérément la pancarte gravée au nom de leurs pays d’origine. Rajiv promenait un regard anxieux. Il y a à peine trois mois, il était dans le même cas. À présent, il faisait partie des vétérans.

Il progressa le long de l’allée centrale, monta sur l’estrade et s’installa derrière le pupitre. Il tapota sur le micro pour signifier que son allocution allait débuter. La masse frémissante s’agita et se casa tant bien que mal. La place ne manquait pas. Chaque semaine, de nouveaux représentants apparaissaient, succédant aux anciens qui fuyaient. Une part encore plus importante ne venait plus, parce que le voyage jusqu'à New-York devenait impossible, ou parce que leur propre gouvernement n'existait plus.

Rajiv ne reconnaissait personne, les seuls amis qu’il avait réussi à se faire en dehors des commission étaient partis.

Sa gorge était sèche. Il se baissa et fouilla dans sa sacoche à la recherche d’une bouteille d’eau. Il s’ar rêta au milieu de son mouvement en se disant que cela ne convenait peut-être pas à la solennité du moment et se releva vivement. Ses tempes rosirent.

Nous allons commencer, lança-t-il du ton faussement assuré qu’il avait appris à utiliser ces derniers temps.

Sa cage thoracique voulait comprimer son cœur. En tant que numéro 285 de son gouvernement, il ne serait jamais douté pouvoir un jour se rendre aux Nations-Unies. Alors de là à y prononcer un discours…

Merci de votre présence. Je serai bref. Notre commission a été chargée d’évaluer l’impact des mouvements d’émigrations. Voici les résultats préliminaires de cette enquête.

Il plaça sur ses yeux une paire de lunettes et se tourna à moitié vers l'écran.


Depuis le début des opérations de fuite, environ 16 450 fusées ont quitté notre atmosphère pour rejoindre 8 500 destinations différentes. Soit 700 millions de personnes. Cela peut paraître peu, comparé à l’importance de la population, c’est pourtant un manque qui pourra provoquer l’effondrement de la civilisation telle que nous la connaissons. Au-delà des difficultés environnementales léguées par nos ancêtres, notre système d’infrastructures s’écroule, les approvisionnements ne sont plus assurés, on signale des problèmes de logistique un peu partout. Divers émeutes de la faim ont déjà eu lieu, certaines régions ont sombré dans le chaos.

 Un schéma s'afficha. Il représentait un planisphère, où de vastes zones grisées en Europe, en Asie, en Amérique étaient frappées d'un lapidaire « Zone de non-droit ».

Nous craignons le prochain hiver. Les gouvernements encore en fonction sont incapables de mener à bien les politiques de redressement, à cause de l’important turn-over, de l’inexpérience des nouveaux dirigeants, et surtout, de l’impossibilité à pallier le manque de moyens humains.

Il stoppa soudain son flot de paroles. Il sortit un mouchoir de sa poche, et s’épongea le front. Il transpirait toujours quand il était stressé.

Un représentant leva la main, désireux de s’exprimer. Est-ce que le protocole l’autorisait en temps normal ? Rajiv haussa les épaules, puis lui fit un signe positif de la tête. Celui-ci se redressa et salua l’assemblée.

Nous sommes déjà au courant. Nous ressentons tous les effets de la situation. Les sols, l’air, l’eau, la terre sont contaminés. La semaine dernière, Bagdad a été paralysée par trente centimètres de neige. Les sociétés s’écroulent. Mais que pouvons-nous faire ? À part économiser pour tenter de nous offrir une chance d’en réchapper à bord d’un Dauphin ?

Une vague d’approbations secoua l’assemblée. Des cris fusèrent.

 C’est la fin de l’humanité, il faut s’y résigner !

Tout est fini ! Tout le monde le sait, sauf l’ONU !

Si nous en avions les moyens, nous serions déjà tous partis !

Rajiv leva les mains, il réussit après quelques minutes à obtenir un silence acceptable.

Justement, ne serait-il pas l’heure d’offrir une autre alternative ? Laissons ceux qui le veulent s’en aller. Mais ne permettons pas que leur vision apocalyptique assombrisse nos âmes. Il est temps de cesser de pleurer sur notre sort, de relever les manches, et d’agir.

http://cache.20minutes.fr/img/photos/afp/2008-10/2008-10-29/article_photo_1225300926607-1-0.jpgEt que proposez-vous donc ? cria un autre représentant.

Rajiv se retourna, et lança un coup d’œil discret à une silhouette située derrière l’estrade. Celle-ci lui répondit par un signe positif de la tête. Elle était prête, même si une incroyable douleur venait de remonter le long de son œsophage. Rajiv était loin d’avoir fini son introduction, mais, après tout, cela n’avait pas d’importance.

Je vous présente, Antoine Rafal, le coordinateur de notre groupe de travail. Il vous expliquera les choses de façon plus… ordonnée que moi.

Rajiv se décala et laissa la place à son ami. Puis, il lui tapota l’épaule afin de lui transmettre un peu de courage. « Nous sommes tous des novices » lui avait-il confié au début de leur collaboration, quand le directeur du cabinet avait démissionné, plusieurs mois auparavant.

Bonjour… lança la voix incertaine d’Antoine. Il y a environ trente ans, mon oncle, Jean Rafal, a créé la plus importante société aérospatiale, ESPACE, qui a été en mesure d’emporter vos familles, vos parents, vos amis, vos enfants vers d’autres mondes. Il croyait en ce qu’il faisait, et c’est d’ailleurs pour cela qu’il est parti l’année dernière.

Antoine avala sa salive.

Il y a également trente ans, mon père, Marc Rafal, colonel de gendarmerie, a assisté au décollage du premier Papillon des Étoiles. Sa mission était de l’en empêcher. Il a échoué, et il en a porté les stigmates physiques toute sa vie. Mais il m’a légué quelque-chose. L’espoir. Non pas dans la fuite, car cela ne règlerait en rien le problème. Mon oncle a eu tort. Gabriel Mc Namara a eu tort. Quelle espèce serions-nous si nous débarquions à un endroit, que nous le saccagions, et que nous repartions, à part de simples parasites ? Il est peut-être temps de penser à nous contenter de ce que nous avons, à vivre en harmonie avec notre environnement, et à réparer nos nombreuses bêtises. Nous devons changer, et évoluer vers un âge de la responsabilité. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous venons à vous avec un ensemble de préconisations qui sauveront la planète, et nous-même, également.

Un silence religieux s’empara de l’hémicycle.

Bien, intervint Rajiv en se frottant les mains. Commençons, nous avons du pain sur la planche…

 

 

A suivre...

 

Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 10:58
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La troisième nouvelle d'un cycle conçu d'après le livre de Werber, le Papillon des étoiles. Alors que le livre raconte l'histoire de ceux qui ont décidé de quitter une Terre en pleine perdition, à bord d'un immense vaisseau spatial de 144 000 personnes pour un voyage de 1 000 ans, ce cycle raconte l'histoire de ceux qui sont restés... (partie 1 ici et partie 2 ici)

 

 

An 10

 

4561578335_59fd849752.jpgL’étreinte du petit Antoine se relâcha, le jouet qu’il serrait contre sa poitrine tomba dans l’herbe humide du jardin. L'éclat lumineux qui avait fusé dans le ciel disparaissait petit à petit. Le vacarme assourdissant se dissipait, mais la haute atmosphère (la statosfère comme disait son papa) était envahie par la fumée. Il détestait cela, il savait qu’elle finirait par retomber, que le vent l’amènerait dans sa chambre, qu’il la respirerait, et qu’il tousserait.

Il courut jusqu’à la maison, et se jeta sur le canapé, à côté de sa maman qui regardait un reportage à la télévision. Son papa était dans la cuisine, concentré à verser une pâte épaisse dans un moule à gâteau.

—  Je suis devant le site de lancement de la société ESPACE qui a fait partir trois Dauphins aujourd’hui même. Avec nous, le directeur du projet, M. Jean Rafal.

Bonjour.

Vous avez inauguré votre nouvelle série de navettes. Satisfait ?

Oui, oui. Avec la série azur, nous avons décidé d’utiliser des navettes de moindre capacité, un peu plus de cinq mille personnes chacune. Elles comportent des aménagements de qualité et un écosystème contrôlé par une intelligence artificielle ultra perfectionnée. Tout cela pour notre clientèle fortunée.

Vers quelle destination les avez-vous envoyés ?

Eh bien… Nous sommes en train de découvrir un ensemble de planètes dans la constellation du…

Le petit garçon pointa l’écran du doigt.

Maman ! C’est tonton à la télé !

Il perçut le rire de son papa dans la cuisine.

Merci de nous avertir, Antoine, déclara sa maman plus sérieusement.

Combien avez-vous prévu de lancements ?

Encore une vingtaine avant la fin de l’année. Nos fusées Low-Cost connaissent un franc succès. Notre planning est bouclé pour les trente prochains...

Finalement, tu aurais peut-être dû rester dans l’entreprise familiale. Ça a l’air très lucratif.

Marc boita jusqu’au four, enfourna le gâteau et manipula un ensemble de boutons. Puis il saisit ses béquilles et s’approcha du canapé.

Mouais…

Il posa un baiser sur la joue de sa femme. Antoine semblait absorbé par les paroles télévisées de son oncle.

Nos fusées sont en effet les plus fiables. Nous n’avons eu à déplorer qu’un seul incident en cinq années d’exploitation. Nous recevons également des rapports réguliers, tout fonctionne pour le mieux et...

Ta jambe, ça va ?

Un seul cachet ce matin.

Bien.

L’activité me réussit.

Ce n’est pas moi qui m’en plaindrais. Tes petits plats sont excellents.

Nous avons mis en place un système de micro-crédit et de chèque service. Vous vous engagez à travailler à bord jusqu’à un âge prédéfini, et le billet vous est offert !

Il ne sait plus quoi inventer…

Il a de l’imagination. Un contrat sur quinze générations... Et cela ne semble décourager personne, les volontaires sont nombreux à accepter de poser des hypothèques sur leurs enfants. La peur les rend complètement din…

Chuuuuut papa ! J’écoute !

Merci M. Rafal pour vos précisions. Tout de suite, une page de publicité.

Tu vois, ça ne servait à rien de t’énerver, c’est terminé.

Nous sommes condamnés. La seule survie, c’est la fuite ! Devenez voyageur intergalactique ! Dominez des races extra-terrestres, découvrez une nature vierge loin du réchauffement climatique, de la pollution et des soucis de l’ancienne vie. Demandez votre devis gratuit sur le site…

Maman, pourquoi est-ce que les gens s’en vont ?

Parce que la planète est perdue, mon chéri.

Le père d’Antoine cala ses béquilles contre le dossier et se coula entre sa femme et son fils.

Les conditions climatiques se détériorent, le petit âge glaciaire refait une apparition, la nature souffre. Mais elle s'adaptera, elle s'en remettra, tout comme nous. Mais les gens ont retourné leurs vestes. Tout le monde veut son ticket. Tout part en vrille… Plus rien n’est entretenu, ils ont tous démissionnés pour aller se faire embaucher dans ces nouvelles sociétés avec la promesse d’être évacués un jour. Tiens hier encore, rupture de stock au supermarché. Et il paraît que les queues ne cessent d’enfler aux hôpitaux et aux pharmacies.

Et pourquoi on part pas nous aussi ?

Parce que nous n’avons pas assez d’argent, mon chéri.

Marc fixa sa femme, elle se mordit la lèvre inférieure et lui adressa un regard désolé.

Mais oncle Jean, il disait que les pauvres pouvaient avoir une place…

Son père haussa les épaules.

Pour finir esclave sur cinquante générations…

Antoine baissa la tête, et se mit à jouer nerveusement avec les cordons de son sweat-shirt.

Ne sois pas triste. Il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

On va mourir... sanglota l’enfant.

Mais non, écoute-moi bien, mon fils. Ne cède pas à la peur provoquée par des épouvantails. Les gens s’en vont par centaines de milliers chaque semaine. C’est une bonne chose. Les rats quittent le navire, on va pouvoir balayer leurs crottes dans la cale. Puisque nous devons rester ici, il ne faut pas nous apitoyer, au contraire. Nous devons relever les manches et nous atteler à la tâche avec d’autant plus de motivation. Tu ne trouves pas qu’on respire mieux depuis que la circulation sur le périphérique a presque cessé ?

Oui. Mais y a les fusées…

Il n’y en aura plus dans quelques temps. Ils seront tous partis, ne t’inquiète pas.

 

A suivre...

 

Samedi 15 mai 2010 6 15 /05 /Mai /2010 11:37
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